Pride

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PRIDE, Matthew Marcus, 2014, Grande-Bretagne, 1h57.

RESUME DU FILM

Eté 1984 - Alors que Margaret Thatcher est au pouvoir, le Syndicat National des Mineurs vote la grève.

Lors de leur marche à Londres, un groupe d’activistes gay et lesbien décide de récolter de l’argent pour venir en aide aux familles des mineurs.

Mais l’Union Nationale des Mineurs semble embarrassée de recevoir leur aide. Le groupe d’activistes ne se décourage pas.

Après avoir repéré un village minier au fin fond du pays de Galles, ils embarquent à bord d’un minibus pour aller remettre l’argent aux ouvriers en mains propres.

Ainsi débute l’histoire extraordinaire de deux communautés que tout oppose qui s’unissent pour défendre la même cause.

Remarque préliminaire

Ce film s’inspire largement d’événements qui se sont réellement déroulés en 1984 lors de grève des mineurs qui a duré plus d’un an. Pour plus d’informations nous vous invitons à lire les informations reprises en bas de la fiche sur le contexte social, politique et historique qui sont en toile de fonds du film.

FICHE PEDAGOGIQUE

Télécharger la fiche pédagogique en pdf :

PDF - 301.9 ko

DEPASSER SES PREJUGES ET TROUVER LES POINTS COMMUNS POUR ALLER VERS L’INTERCULTURALITE

Objectifs de la fiche pédagogique

L’objectif de cette fiche pédagogique est de travailler sur les préjugés, d’arriver à les dépasser, pour aller à la rencontre de l’autre.

Le chemin que nous vous proposons pour cette rencontre, c’est de découvrir les points communs qui unissent les mineurs et les LGSM du film ; ce qui leur a permis de dépasser leurs préjugés et de se rencontrer.

Dans différentes activités proposées, nous vous invitons à télécharger la retranscription de l’un ou l’autre dialogue.

Cette retranscription peut bien évidemment servir notamment de support pour travailler la langue à différents niveaux.

Activité 1 : Autour des rencontres improbables que nous avons vécues

Le formateur invite chaque participant à citer une ou plusieurs personnes qu’il a rencontrée(s), très différente(s) de lui et avec laquelle (lesquelles) il ne s’imaginait pas pouvoir parler, s’entendre, passer du temps, devenir ami(s).

Pour faire émerger des idées, le formateur peut citer quelques différences, les participants s’en inspirent, l’enrichissent.

Les différences entre moi et la personne à l’un ou l’autre niveau :

• D’une autre culture,
• D’une autre religion,
• Sans religion,
• D’une autre génération,
• D’un autre milieu social,
• D’une autre couleur de peau,
• Etc …

Le formateur peut éventuellement commencer une liste de personnes représentatives de telle ou telle catégorie, et demander aux participants de s’en inspirer, de l’enrichir :

• Une religieuse, un prêtre
• Un chinois
• Un Juif
• Une personne sans domicile fixe
• Un ministre
• Une voisine belge
• Un homosexuel
• un moine boudhiste
Etc, …

Si les participants sont écrivains, chacun dresse sa propre liste de rencontres improbables et la raconte brièvement.

(exemple : je suis un homme, français, de religion catholique et j’ai rencontré lors d’une fête, un prêtre catholique. Il était très sympathique, nous avons parlé longuement, etc .... à la fin de la soirée, nous avons échangé nos numéros de téléphone pour se revoir et aller au cinéma ensemble .... )

Si les participants ne savent pas lire et écrire, ce travail peut se faire :

  • soit en grand groupe et c’est le formateur qui prend note au fur et à mesure des récits,
  • d’abord en duos : chaque participant explique à l’autre membre de son duo sa rencontre, puis mise en commun en grand groupe et c’est le formateur qui prend note.

A ce stade de l’activité, le formateur annonce aux participants que le travail sur ces rencontres va se poursuivre un peu plus tard. (voir activité 6/avant le film)

Activité 2 : travail sur les personnages du film

Télécharger les photos des personnages en pdf :

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Activité en 4 sous-groupes.

On dispose les photos des personnages sur la table. Chaque participant choisit une photo. Le formateur peut prévoir plusieurs fois les mêmes photos.

• Cliff, Dai, Hefina, Sian, Gethin, Joe, Mark et Jonathan

Chaque participant émet une hypothèse sur la personne figurant sur la photo qu’il a choisie :

• Que pourriez-vous dire de cette personne ?
• Qui est-ce selon vous ?
• Où est-ce que cela se passe ?
• Quand est-ce- que cela se passe ?
• Que se passe-t-il selon vous ?

Activité 3 : focus sur deux personnages du film : Joe et Cliff

On visionne plusieurs extraits du film. Le formateur précise aux participants que ces séquences sont toutes extraites de différents moments du film.

Après la vision de chaque séquence, le formateur s’assure que les participants ont compris le propos de la séquence.

Le travail va se faire en deux temps :

TEMPS 1 : JOE

Minutages : (tous les minutages sont calculés avec le logiciel "VLC" téléchargeable gratuitement)

5.50 →6.35 (Joe téléphone à sa mère, …. →(Steph dit : hé Bromley, ramène-toi).

44.20 → 44.55 (Joe sort du bus avec un carton de gâteaux et rentre à la maison, il parle à sa mère).

• 1.20.32 → 1.20.51 (dispute dans la famille de Joe).

• 1.37.05 → 1.38.33 (Joe quitte sa famille).

Après la vision des séquences traitant de Joe, les participants travaillent en sous-groupes.

Les participants répondent aux questions suivantes :

• Qu’est-ce qu’on a appris de plus sur Joe ?
• Quelle est votre impression/sentiment à propos de ce personnage ?
• De quoi parle-t-on dans les différents extraits ?
• Que se passe-t-il selon vous ?

Mise en commun des hypothèses des sous-groupes. Le formateur prend note sur une grande feuille.

Le formateur précise que ces hypothèses seront revisitées après la vision du film.

TEMPS 2 : CLIFF

Minutages :

32.47 → 33.09 (ils se promènent dans la lande et Cliff explique l’histoire de la Région)

51.34 → 52.40 : (dans la salle du foyer des mineurs, Cliff parle de l’histoire de la grande faille de l’Atlantique)

1.03.16 → 1.04.12 : (Rencontre avec un responsable du syndicat suite à un article dans le journal. → il faudra le soumettre à un vote)

1.24.28 → 1.24.42 : (Cliff se fâche avec Maureen devant la salle du foyer)

1.28.26 → 1.29.15 : (Cliff et Heffina se parlent en préparant des sandwiches, Cliff dit à Heffina qu’il est Gay).

Travail en sous-groupes.

Les participants répondent aux questions suivantes :

• Qu’est-ce qu’on a appris de plus sur Cliff ?
• Quelle est votre impression/sentiment à propos de ce personnage ?
• De quoi parlent les personnages dans les différents extraits ?
• Que se passe-t-il selon vous ?

Mise en commun des hypothèses en grand groupe. Le formateur prend note sur une grande feuille. Ces hypothèses seront revisitées après la vision du film.

Activité 4 : Autour de la rencontre de Dai et des LGSM

On visionne une première fois SANS SON la séquence où le groupe des LGSM rencontre pour la première fois Dai, le représentant local du syndicat des mineurs.

Télécharger la retranscription du dialogue en version pdf :

PDF - 181.1 ko

Minutage : 15.30 → 16.45 (la séquence débute quand on voit un groupe sur le trottoir devant un pub et elle termine quand Mark dit « tu es le premier mineur que je rencontre).

Après la vision de la séquence muette, en 4 sous-groupes les participants essaient d’imaginer :

• Qui sont ces personnes ?
• Pourquoi se rencontrent-elles ?
• De quoi parlent-elles ? Qu’est-ce qu’elles se disent ?

On visionne une deuxième fois cette séquence avec le son.

Après la vision de la séquence avec son, les mêmes 4 sous-groupes sont invités à confronter leurs hypothèses avec la réalité de la séquence.

• Qui sont ces personnes ?
• Pourquoi se rencontrent-elles ?
• De quoi parlent-elles ? Qu’est-ce qu’elles se disent ?

Après la vision de ces séquences, le formateur vérifie que les participants ont compris ce que signifie « LGSM ».

Si nécessaire, il apporte l’explication : « Lesbians and Gays support the Minners » /Lesbiennes et Gay en soutien aux mineurs).

Remarque :

En fonction des réactions des participants, le formateur indique qu’il voudrait essayer avec eux de dépasser d’éventuels préjugés et faire avec eux l’exercice de partir à la rencontre des personnages du film pour découvrir leurs multiples identités et éviter de les rejeter d’office.

A l’issue de cette activité, le formateur confirme aux participants que le film traite, en autres sujets, de l’homosexualité.

A l’issue de cette activité, le formateur confirme aux participants que le film traite, en autres sujets, de l’homosexualité.

Activité 5 : travail autour de la vision que les uns ont des autres.

Dans cette activité, nous allons visionner deux séquences du film durant lesquelles les LGSM et les mineurs se rassemblent.

Le travail va se dérouler en deux temps.

Temps 1 : Séquence 1

Réunion du groupe des LGSM dans la librairie pour lancer l’action de solidarité et constituer le groupe.

Minutage : 07.51 → 10.35 (on arrête quand Mark dit « félicitations à vous tous, vous êtes les membres fondateurs de Lesbiennes et Gay en soutien aux mineurs »)

Après la vision de cette séquence, les participants vont répondre aux questions suivantes :

• Qui sont les membres de ce groupe ?
• De qui parlent-ils ?
• Comment parlent-ils des mineurs
• Quels sont les préjugés qui sont présents dans cette séquence ?
• Qu’est-ce qui rassemble ces personnes ?

Temps 2 : Séquence 2 :

Réunion du comité des mineurs pour préparer la venue du groupe des LGSM.

Minutage : 21.29 → 22.10 (on commence quand une femme demande : « mais pourquoi veulent-ils venir ? » et on arrête quand Hefina demande à Sian « … on peut savoir d’où tu sors toi ? »)

Après la vision de cette séquence, les participants vont répondre aux questions suivantes :

• Qui sont les membres de ce groupe ?
• De qui parlent-ils
• Comment parlent-ils des LGSM ?
• Quels sont les préjugés qui sont présents dans ces séquences ?
• Qu’est-ce qui rassemble ces personnes ?

Télécharger les retranscriptions des deux séquences en pdf :

PDF - 268 ko

Activité 6 : retour sur nos rencontres improbables

Le formateur reprend les éléments d’information sur les rencontres improbables de chacun (sur base du tableau constitué à l’activité 1).

Chacun raconte sa rencontre au groupe et explique :

• en quoi la personne citée dans son récit est différente,
• ce qui l’a surpris,
• ce qui aurait pu empêcher la rencontre,
• ce qui a permis la rencontre.

Les participants écoutent et posent des questions d’éclaircissement.

Pour conclure cette activité, le formateur peut travailler la notion de préjugé avec le groupe par une recherche au dictionnaire, par une lecture de la définition, etc …

Activité 7 : analyse des parties prenantes de l’histoire.

On visionne la séquence où Dai remercie les LGSM pour leur solidarité :

  • Minutage : 17.50 →19.39 (la séquence débute quand Mark monte sur scène pour introduire Dai « merci, merci, je vais vous présenter quelqu’un », et elle se termine quand Dai dit « Alors, merci à tous »)
  • Après la première vision de cette séquence, l’animateur invite les participants à s’organiser en sous-groupes.

Consigne de travail :

Les participants vont devoir analyser la séquence :

• où se passe la scène ?
• qui sont ces personnes ?
• de quoi parlent-elles ?
• quelles sont les réactions ?
• observation du non verbal (expressions, silences, etc)

Une fois la consigne de travail annoncée, on écoute à nouveau la séquence.

Travail en sous-groupes. Mise en commun en grand groupe. On confronte les différentes analyses.

On visionne la séquence où Mark explique, devant une assemblée de mineurs, ce que son groupe a fait pour soutenir les mineurs et pourquoi ils l’ont fait :

Minutage : 30.26 → 31.33

Après la première vision de cette séquence, l’animateur invite les participants à s’organiser en sous-groupes.

Consigne de travail :

Les participants vont devoir analyser le discours :
• où se passe la scène ?
• qui sont ces personnes ?
• de quoi parlent-ils ?
• quelles sont les réactions ?
• observation du non verbal (expressions, silences, etc)

Travail en sous-groupes. Mise en commun en grand groupe. On confronte les différentes analyses.

Selon le niveau du groupe le formateur peut soit lire les retranscriptions des séquences à haute voix, ou les distribuer aux participants.

Télécharger la retranscription en format pdf :

PDF - 257 ko

Activité 8 : pour introduire le contexte du film

On visionne la séquence du tout début du film où Marc est chez lui et voit les informations à la télévision. Il est question de la grève des mineurs.

Minutage : 00.58 → 02.07

A la suite de la vision de cette séquence, le formateur demande aux participants de relever toutes les informations reprises dans cette séquence.

Pour ce faire, il peut relire la retranscription de la séquence, ou, si les participants sont lecteurs, la distribuer.

Télécharger la retranscription en format pdf :

PDF - 180.6 ko

Le formateur prend note de ce qui se dit.

Ensuite, le formateur apporte des éléments d’information complémentaires sur le contexte historique, politique, et géographiques nécessaires à la compréhension du film. (voir informations sur le contexte, en bas de la fiche pédagogique).

A ce stade de la fiche, il ne donne que quelques éléments du contexte.

S’il le souhaite, il pourra y revenir après la vision du film de manière plus approfondie.

Activité 9 : les participants imaginent la suite du film

Pour terminer la préparation de l’avant-film, sur base de ce que les participants ont vu, le formateur les invite à émettre des hypothèses sur la suite du film :

• Qu’imaginez-vous qu’il va se passer pour ces deux groupes par la suite ?
• Von-ils se revoir ?
• Oui, non, pourquoi et comment ?

ON VA VOIR LE FILM

APRES AVOIR VU LE FILM

Activité 10 : travail sur les ressentis après avoir vu le film

En grand groupe. Le formateur échange avec les participants à propos du film et les invite à s’exprimer notamment sur :

• Ce qui les a étonné dans le film
• Ce qui les a choqué dans le film
• Ce qui les a vous émerveillé
• Ce qui les a énervé
• Ce qu’ils ont appris

Activité 11 : retour sur les hypothèses

Le formateur reprend les grandes feuilles où il a retranscrit ce qui s’est dit lors des activités 2, 4, 5 et 9.

Activité 12 : Travail sur l’affiche du film, sur la signification du titre du film.

Pour commencer, le formateur traduit le titre du film en français.

Pride = Fierté, dignité

Les apprenants font une recherche au dictionnaire sur la signification de ces termes.

Ensuite, le formateur fait appel à la mémoire des participants et leur demande de se rappeler à quels moments du film il est question de fierté, quels sont les personnages qui y font référence, qui en parle ? Quand, dans quel contexte ?

Enfin, en sous-groupes ou en grand groupe, les participants sont invités à donner un exemple de quelque chose qui les a rendus fiers, ou quelque chose qui fait partie de leur identité dont ils sont fiers, ou encore un événement qui a touché leur dignité.

Mise en commun en grand groupe.

Activité 13 : travail sur les trajectoires de vie de Joe et de Cliff

Après avoir vu le film, on revient sur les personnages de Joe et Cliff.

En grand groupe, on analyse ce qui fait que leurs trajectoires sont diamétralement opposées.

Pour mettre les apprenants sur la voie, le formateur relance le groupe en dressant ensemble des éléments de l’identité de chacun :

• classe sociale,
• lieu de vie,
• époque,
• génération (âge)
• etc …

Ensuite, le groupe va chercher à identifier ce qui les différencie, ce qu’ils ont de commun.

Activité 14 : A propos de la rencontre entre le groupe des mineurs et les LGSM

En sous-groupes, les participants vont analyser les différents moments de rencontre entre les mineurs et les LGSM tout au long du film.

Pour y arriver, ils vont relever différents éléments :

• Qu’est-ce qui a freiné la rencontre ?
• Qu’est-ce qui a permis la rencontre ?
• Qu’est-ce qui a facilité la rencontre ?
• Qu’est-ce qui a rapproché les deux groupes ?

Mise en commun et discussion en grand groupe.

Activité 15 : poursuite du travail sur la rencontre et fin du travail sur le film

Quelques temps après les événements racontés dans le film, une rencontre entre un groupe alpha et des personnages du film est organisée.

Lors de cette rencontre, es personnages du film expliqueront au groupe alpha, chacun à tour de rôle, ce que cette rencontre leur a apporté à différents niveaux (personnel, global, …)

La préparation à cette table ronde se fait en duos ou en sous-groupes.

Chaque sous-groupe va plancher sur un des personnages tirés au sort.

En tout, cinq personnages seront tirés au sort parmi ceux repris ci-dessous :

• Cliff, Sian, Martin, Maureen, Dai, Gethin, Joe, Mark et Jonathan.

Pour ce faire, le formateur pourra rappeler quelques éléments de l’identité de chacun, sous-forme d’une petite fiche.

Télécharger les informations sur les personnages de l’activité 15 :

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Cliff :

Il compte parmi les hommes les plus âgés de Onllwyn et fait partie du Comité du village. Vieux garçon, il est ami avec Hefina. C’est lui qui parle régulièrement de la bannière vieille d’une centaine d’années devenue un symbole pour tout le village.

Sian  :

Nouvellement installée à Onllwyn avec son mari mineur en grève, elle intègre le Comité du village et propose d’emblée d’inviter les représentants de LGSM. C’est elle aussi qui fait libérer les mineurs arbitrairement arrêtés par la police. C’est elle aussi qui héberge Joe et qui recueille les confidences de Gethin hospitalisé après son agression.

Martin

Il fait partie des mineurs arrêtés par la police puis libérés suite à l’intervention de Sian informée par Jonathan de l’illégalité de cette arrestation. C’est le seul des mineurs arrêtés à témoigner un peu de gratitude vis-à-vis des homosexuels lorsqu’il apprend leur implication dans leur libération. C’est lui aussi qui demande à Jonathan de lui donner des cours de danse.

Maureen

Veuve et mère de deux garçons, elle est, selon Cliff « l’âme du Comité du village ». Elle est la seule à s’opposer fermement à l’accueil du groupe des LGSM londoniens, qu’elle refuse d’ailleurs d’héberger chez elle. C’est la belle-sœur de Cliff.

Dai

C’est le représentant local du syndicat des mineurs. C’est lui qui vient à la rencontre des fondateurs des LGSM qui ont récolté des fonds pour les mineurs en grève et qui les accueille à Onllwyn.

Gethin

C’est le compagnon de Jonathan. D’origine galloise, il n’est plus retourné dans sa région natale depuis très longtemps et n’est pas convaincu que les mineurs vont bien les accueillir.

Joe

Jeune apprenti en boulangerie, il vit chez ses parents à Bromley, dans la banlieue de Londres. C’est d’ailleurs pour ça que ses amis des LGSM lui donnent le surnom de « Bromley ». Il participe en cachette de sa famille aux actions menées par les LGSM pour les mineurs en grève. Il devient le photographe du groupe.

Mark

C’est lui qui a lancé de la récolte de fonds aux mineurs lors de la Gay Pride de 1984. C’est un des membres les plus actifs et les plus déterminés des LGSM. C’est le meneur du groupe et aussi celui qui est l’interlocuteur principal des échanges avec les mineurs.

Jonathan

C’est le compagnon de Gethin. Autrefois acteur, il hésite au départ à se joindre aux actions des LGSM. Il rejoint finalement le mouvement et fait partie de la délégation qui se rend à Onllwyn. C’est lui qui met une ambiance d’enfer au Hall dansant sur le disco.

ELEMENTS DU CONTEXTE SOCIO-POLITIQUE

Grève des mineurs britanniques de 1984

Télécharger les illustrations sur la grève en pdf

Source : http://wikirouge.net/Gr%C3%A8ve_des_mineurs_britanniques_de_1984-1985#D.C3.A9roulement

La grève des mineurs britanniques de 1984-1985 fut un des plus puissantes grèves de la période récente, et aussi l’une des plus marquantes défaites du mouvement ouvrier. La restructuration industrielle dans les pays impérialistes, et la ligne dure que réussit à imposer Margaret Thatcher fut le symbole du début de la période néolibérale.

Déroulement

Durant une année entière, la fermeture des mines de charbon oppose l’organisation ouvrière la plus puissante du pays à un gouvernement conservateur décidé à casser les syndicats pour imposer un nouvel ordre social et économique.

Le conflit dégénère rapidement. Alors que la production d’électricité repose toujours à 80 % sur l’exploitation du charbon, le premier ministre, Margaret Thatcher, désigne les mineurs en grève comme les « ennemis de l’intérieur » et mobilise contre eux toute la panoplie répressive de l’Etat.

Une police équipée de moyens militaires prend d’assaut les piquets de grève et métamorphose les houillères en territoires occupés.

On recensera 20 000 blessés et 11 000 personnes arrêtées, dont plus de 200 incarcérées. Sur les piquets de grève, 6 mineurs mourront, et, au cours d’extractions de charbon opérées clandestinement durant l’hiver, 3 adolescents seront tués.
Parallèlement, la justice déclare la grève hors la loi et prononce la dissolution de l’Union nationale des ouvriers de la mine (NUM), placée sous la tutelle d’un administrateur judiciaire.

Les services de police harcèlent les syndicalistes et s’emploient à discréditer leur dirigeant, Arthur Scargill. Les grands médias s’accordent en général à présenter la grève comme une insurrection antidémocratique menée par un démagogue.

Les grévistes reçoivent le soutien de millions de sympathisants. Non seulement leur lutte modifiera la vision du monde de plusieurs centaines de milliers de personnes, mais elle déclenchera de nombreuses actions de solidarité à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

L’intensité de la confrontation témoigne de la situation de crise que traverse alors le Royaume-Uni, marqué par un relatif déclin économique et un fort mécontentement social.

La direction du parti tory réclamait vengeance pour les grèves des mineurs de 1972 et de 1974, lesquelles avaient entraîné la chute du gouvernement conservateur d’Edward Heath. Selon l’expression du chancelier de l’Echiquier de Margaret Thatcher, Nigel Lawson, éradiquer le NUM était une priorité aussi impérieuse que « se réarmer contre la menace de Hitler dans les années 1930 ».

Les grévistes ont repris le travail sans avoir rien obtenu, mais c’est la privatisation du secteur énergétique qui a sonné le glas de leur mouvement. Le coût exorbitant du conflit – plus de 30 milliards de livres au cours actuel – restera sans commune mesure avec ce qu’aurait coûté une politique énergétique plus rationnelle, par exemple le développement de la technologie du charbon propre.

L’issue de la grève n’a pas seulement dévasté la profession des mineurs et les conditions de vie de leurs familles, elle a aussi accéléré l’affaiblissement du monde syndical dans son ensemble, aggravant l’atomisation sociale et les inégalités – et précipitant la naissance d’un « New Labour » plus attentif que les « vieux » travaillistes aux intérêts des multinationales.

Symbole de l’offensive néolibérale

Bien qu’elle présente des points communs avec le mouvement des contrôleurs aériens aux Etats-Unis, durement réprimé en 1981 par Ronald Reagan dans le cadre de son offensive antisyndicale, c’est la grève des mineurs qui symbolise aujourd’hui encore la défaite du monde du travail face à l’émergence du système néolibéral.
Thatcher aurait pu perdre ...

Comme Margaret Thatcher l’a admis plus tard, il s’en est fallu de peu que le gouvernement « perde sur toute la ligne ». En réalité, si la Dame de fer a fini par l’emporter, c’est parce que certains protagonistes du camp adverse – une minorité de mineurs, d’autres syndicats et, surtout, la direction du Parti travailliste – ont abandonné le NUM en rase campagne.

Grève des mineurs britanniques : “Nous irons jusqu’au bout pour obtenir vérité et justice”

Source : https://npa2009.org/actualite/greve-des-mineurs-britanniques-nous-irons-jusquau-bout-pour-obtenir-verite-et-justice

Entretien.

Entre mars 1984 et mars 1985, 150 000 mineurs britanniques ont mené une des grèves les plus longues et les plus dures de l’histoire du mouvement ouvrier.

Margaret Thatcher a tout fait pour casser la grève et le syndicat des mineurs, derniers obstacles à la mise en œuvre complète de son programme ultralibéral. Un épisode clé de cette confrontation fut la bataille rangée entre police et piquets de grève lors de la tentative de fermer une immense cokerie à Orgreave, près de Sheffield, qui alimentait des aciéries.

Trente ans plus tard, lors de son passage à Paris, nous avons interviewé Barbara Jackson, la porte-parole de la campagne pour rétablir la justice et la vérité sur les terribles violences policières de cette journée et sur les mensonges du gouvernement et des médias.

Quelle a été l’importance de cette journée du 18 juin 1984 ?

Il faut d’abord se rappeler l’incroyable dureté de cette grève. En un an, 11 313 mineurs furent arrêtés, 7 000 blessés, 5 653 traînés devant les tribunaux, 200 emprisonnés et 960 licenciés. 11 personnes sont mortes – deux mineurs sur les piquets de grève, un mineur tué par des grévistes et 8 personnes (dont 3 enfants) ensevelis sur des terrils pendant qu’ils cherchaient des bouts de charbon pour se chauffer.

Le 18 juin, le syndicat a fait venir 8 000 mineurs pour bloquer la cokerie de Orgreave mais Thatcher était décidée à les en empêcher. Les mineurs en T shirts et baskets se sont trouvés face à autant de policiers en tenue de combat avec chevaux et chiens. Pendant des heures, les mineurs ont été attaqués par la police à cheval et matraqués avec une violence inouïe. Ils ont été battus et les camions de livraison ont continué à sortir de la cokerie. Cela n’a pas été la fin de la grève, qui allait continuer encore huit mois, mais ce jour-là Thatcher avait pris le dessus.

Pourquoi avez-vous décidé de lancer cette campagne ?

Pour établir la vérité et la justice. Thatcher a menti à tout le pays et le gouvernement a caché la vérité pendant 30 ans. Des dizaines de mineurs se sont retrouvés avec des blessures derrière la tête, sur les épaules, sur le dos, des blessures non pas d’agresseurs mais de personnes qui fuyaient les attaques de la police. Pourtant, ce n’est pas la police mais 95 mineurs qui ont été accusés d’« émeute et rassemblement illégal » et menacés de la prison à vie. Un an plus tard, lors du procès, les témoignages farfelus et contradictoires des policiers ont provoqué des éclats de rire du jury et la plainte a été retirée. Nous pensions alors que la police allait devoir rendre des comptes mais rien n’a été fait.

Pourquoi maintenant ?

Il y a deux ans, dans un documentaire sur Orgreave à la télévision, des policiers racontaient les pressions qu’ils avaient reçues pour faire de faux témoignages. Mais le véritable déclic a été les révélations sur la tragédie de Hillsborough, le stade de foot de Sheffield où 95 fans de Liverpool ont perdu la vie.

Après 23 ans, une campagne des familles des victimes a réussi à imposer une enquête qui a démontré la responsabilité de la police, leurs mensonges et ceux des médias. De plus, le chef de la police de Sheffield était déjà en place lors de la bataille d’Orgreave ! Alors je me suis dit si après 23 ans elles peuvent le faire, pourquoi pas nous ? J’ai donc appelé à une réunion et à 10 nous avons lancé la campagne.

Comment votre campagne s’est-elle développée ?

La police a pris la décision (inédite) d’ouvrir une enquête sur elle-même auprès d’une commission indépendante ! Celle-ci patine et tant qu’elle n’aura pas fini ses travaux, il ne peut pas y avoir d’autre enquête.

Mais cela ne nous a pas découragés. Les archives du gouvernement publiées en janvier nous donnent raison. Elles révèlent que Thatcher a menti sur le nombre de mines qu’ils allaient fermer et montrent clairement l’implication dans la grève des services secrets. Thatcher elle-même l’a dit en public, qu’après avoir vaincu « l’ennemi extérieur » aux Malouines deux ans auparavant, elle était décidée à vaincre « l’ennemi intérieur » : les mineurs et leur syndicat.

Sont aussi révélées les hésitations du gouvernement à employer l’armée. À l’époque des rumeurs circulaient sur l’emploi secret des soldats déguisés en policiers. Quoi qu’il en soit, la police avait été réorganisée en prévision de la grève et elle est intervenue comme une véritable force militaire.

Quels sont vos espoirs de gagner ?

Certains mineurs sont morts. D’autres ont des problèmes de santé et ne seront pas en mesure de témoigner. Nos moyens sont limités et tout le monde est bénévole.

Mais nous avons une page Facebook, un site web et surtout beaucoup de volonté. Avec l’anniversaire des 30 ans, l’intérêt pour notre cause s’est amplifié. Nous avons gagné le soutien de plusieurs syndicats importants et le dirigeant du Parti travailliste s’est engagé publiquement à organiser une enquête s’il devient Premier ministre. Mais quoi qu’il arrive, nous irons jusqu’au bout pour obtenir vérité et justice.

Quel a été l’impact de la grève ?

Aujourd’hui, il reste moins de 3 000 mineurs en Grande-Bretagne et ce qui reste de l’industrie a été privatisé.

Dans les villages où les mines ont fermé, les machines ont été enlevées, la mémoire collective effacée. Parmi les gens qui ne sont pas partis, c’est souvent le chômage et pour certains des problèmes d’alcool et de drogue.

Le gouvernement a dépensé des sommes d’argent immenses pour battre les mineurs. La police, les tribunaux, les médias, toutes les armes de l’État ont été lancées contre la grève pour forcer les travailleurs à retourner au travail. Et ils ont gagné. Mais vaincus industriellement, nous n’avons été vaincus ni culturellement ni émotionnellement.

En France, le film Pride vient de sortir. Il raconte la véritable rencontre entre des mineurs et un groupe de gays et lesbiennes qui soutient la grève, et la façon dont les préjugés peuvent tomber à travers la lutte. Est-ce que, vous aussi, vous avez vu cela lors de la grève ?

Oui, sur l’homophobie mais aussi sur le rapport entre hommes et femmes. Beaucoup de femmes ont été très actives.

Elles ont organisé le ravitaillement mais ont aussi pris la parole en public pour la première fois, et certaines ont voyagé à travers le pays pour faire des meetings.

Certains maris ont accepté ce changement et ont eu du respect et de l’admiration pour leurs femmes. D’autres ont eu beaucoup de mal.

Je me souviens d’un homme qui est venu se plaindre auprès de nous. « Je veux que ma femme revienne », disait-il. On lui a répondu : « Mais ta femme est toujours là ». Mais l’homme insistait : « Non, je veux ma femme comme elle était avant, la femme qui s’occupait de moi, qui me faisait à manger ». On lui a répondu que tout ça c’était fini.

Pareil pour l’Irlande du Nord. On avait l’habitude que les médias traitent les Irlandais de « Irish bastards », mais on s’est mis à comparer l’occupation des villages miniers par la police et le traitement que les mineurs recevaient avec les scènes très similaires en Irlande. Cela a fait réfléchir…

Quel impact est-ce que cette grève a eu sur vous personnellement ?

Je travaillais à l’époque dans les bureaux des charbonnages à Sheffield et j’étais responsable de la section col blanc du syndicat des mineurs.

N’ayant pas les mêmes traditions que les mineurs, les grévistes étaient très minoritaires.

Néanmoins, chaque matin pendant un an, nous avons tenu un piquet de grève pendant deux heures. Le reste de la journée, on était emportés par toutes les autres activités de la grève.

Après le vote pour la fin de la grève, nous sommes retournés au travail ensemble comme dans les mines.

Mais après 24 heures, j’ai décidé que je ne pouvais plus retourner à ma vie d’avant.

Après tout ce que j’avais vécu, j’avais envie de faire autre chose.

J’ai repris les études pendant trois ans, et avec un diplôme en sciences sociales j’ai fait complètement autre chose.

Vous savez, beaucoup de gens ont payé très cher cette longue année de lutte : des mariages brisés, des dettes énormes, des maisons perdues.... Mais pour toutes les personnes qui étaient actives, la grève a apporté énormément de choses. C’était une expérience extrêmement riche et comme beaucoup d’autres je dis que pour moi, malgré les difficultés, cela a été la meilleure année de ma vie.

Propos recueillis et traduits par Ross Harrold

A PROPOS DU MOUVEMENT GAY EN ENGLETERRE EN 1984 ET PAR APRES

« Pride » : les luttes pluralistes sont révolutionnaires

Source =
https://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/161014/pride-les-luttes-pluralistes-sont-revolutionnaires

C’est une union dans une lutte improbable qui s’est nouée entre des mineurs gallois en grève et un groupe de militants LGBT londoniens. « Pride », un film britannique mis en scène par Matthew Warchus (2014) à partir du script de Stephen Beresford, raconte une histoire vraie et pourtant inconnue du grand public.

C’est une union dans une lutte improbable qui s’est nouée entre des mineurs gallois en grève et un groupe de militants LGBT londoniens. « Pride », un film britannique mis en scène par Matthew Warchus (2014) à partir du script de Stephen Beresford, raconte une histoire vraie et pourtant inconnue du grand public. [1]

Nous sommes au printemps 1984 ; la grève des mineurs commence. À Londres, Mark Ashton, un militant gay, est chez lui devant son poste de télévision. À l’écran, Arthur Scargill, le leader du National Union of Miners, s’exclame : « Les mineurs pourront se rappeler avec fierté qu’ils ont eu le privilège de participer à la plus grande lutte sur Terre ! ». Dans la séquence qui suit, on aperçoit Margaret Thatcher qui déclare sur un ton martial qu’elle veut faire plier les mineurs, ceux qu’elle appellera plus tard « l’ennemi de l’intérieur ».

Mark rejoint ses amis qui participent à la marche de la Gay Pride. Il veut
Mark rejoint ses amis qui participent à la marche de la Gay Pride. Il veut les convaincre de soulever des dons pour aider les mineurs en grève. Cette idée est, pour la plupart des gays et lesbiennes, aberrante : pourquoi se battraient-ils en faveur des mineurs ? Un homme originaire du nord de l’Angleterre exprime son opposition catégorique au projet : issu de la classe ouvrière, il garde de sa jeunesse le souvenir d’une communauté minière homophobe, profondément intolérante à l’égard des homosexuels.

« La victoire des mineurs serait une victoire de tous »

Mark Ashton, originaire d’Irlande du Nord, est le plus politisé d’entre eux. Il est membre du Parti communiste de Grande-Bretagne. Ashton persévère : « Chaque communauté devrait exprimer sa solidarité vis-à-vis d’une autre. Il n’est pas logique de dire : ‘Je suis gay et je me borne à défendre la communauté gay, et je ne m’intéresse à rien d’autre’. » Il poursuit : « Les brutalités des flics de Thatcher à l’encontre des mineurs, nous les avons connues aussi », et conclut : « La victoire des mineurs serait une victoire de tous ».

Mark Ashton (1960-1987)

Un petit groupe s’engage à collecter de l’argent pour les mineurs.
Lorsqu’une somme significative a été rassemblée, une autre question doit être tranchée : à qui remettre le pactole ? Le choix se porte sur une petite ville minière dans la vallée du Dulais, située dans le sud du Pays de Galles. La donation sera faite au nom des « Lesbians and Gays Support the Miners ».

En décembre 1984, 11.000 livres sterling ont été récoltées, ce qui fait des LGSM le principal soutien financier des mineurs en grève dans l’ensemble du pays.

Les militants LGBT prennent la route dans un minibus déglingué qui parvient en pleine nuit dans un village minier au sud du Pays de Galles.

L’accueil dans la salle communale des mineurs est franchement hostile. Seules les femmes qui organisent l’intendance pour nourrir des mineurs sans paye depuis des mois, les reçoivent décemment. Elles ne sont pas dénuées d’auto-ironie et d’humour moqueur (« Est-il vrai que les lesbiennes ne mangent pas de viande ? », demande l’une d’entre elles sur un ton navré).

Parmi ce groupe de femmes décidées, se trouve Siân James. Elle s’est mariée à un mineur à 16 ans, et à l’âge de 20 ans, elle a déjà deux enfants. Son univers bascule pendant cette année de grève.

Ses responsabilités dans le comité de grève et la dureté du conflit la politisent. Elle passera ensuite son bac et fera des études universitaires.

En 2005, elle est élue députée de la circonscription de Swansea pour le Parti travailliste. Son travaillisme est résolument de gauche et populaire.

Des luttes pluralistes

Un petit miracle social va se produire : des individus issus de milieux sociaux et culturels jusqu’alors totalement étrangers vont apprendre à se connaître, se respecter et même s’apprécier.

Mark et Dai, un délégué syndical, fraternisent. En se serrant la main, ils ont conscience de « donner vie » à l’emblème qui orne les drapeaux du syndicat minier : la poignée de mains, symbole d’une union qui fait la force, mais cette force est ici pluraliste.

Les différences culturelles, sociales et géographiques entre les mineurs et les militants LGBT ne sont pas effacées par un coup de baguette magique.

Elles subsistent, mais cette diversité provoque une dynamique positive au sein des deux groupes. Ce pluralisme est bien plus qu’une simple réaction de tolérance : il pose les bases d’une compréhension mutuelle, au-delà des divergences.

Il n’y a aucune acculturation forcée : ce pluralisme dans les luttes implique au contraire le maintien de l’identité de chacun, et repose sur le dialogue et l’échange. Cette démarche est potentiellement révolutionnaire car elle décloisonne les combats politiques et syndicaux traditionnels à gauche.

L’humanité est un sens pratique : on partage des moments de fraternité autour d’un verre, puis les femmes chantent le sublime « Bread and Roses ». Jonathan, l’un des premiers Britanniques à avoir été testé positif du virus du sida, danse de manière effrénée dans la salle communale.

Les femmes, hilares et joyeuses, l’entourent et sont bientôt rejointes par quelques hommes. « Je n’en reviens pas, dit Siân, les mineurs gallois ne dansent jamais ; ils ne savent pas bouger les hanches ! »

Ne plus avoir peur d’être soi-même

Le 10 décembre 1984, au plus fort de la grève, les LGSM organisent un concert dans l’Electric Ballroom à Camden (nord de Londres).

Sur les affiches et les tee-shirts, une inscription qui provoque : « Pits and Perverts » (des puits et des pervers), qui n’est que la reprise textuelle d’une manchette du quotidien The Sun.

Le tabloïd thatchérien et homophobe entendait ridiculiser l’alliance entre le mouvement LGBT et les mineurs. Les intéressés adoptent l’insulte et la retournent avec une ironie mordante contre l’agresseur.

C’est la Pride (fierté de soi) ; c’est le fait de ne plus avoir peur d’être soi-même, et de revendiquer de manière positive une cause et des idées minoritaires dans la société.

Jimmy Somerville, le chanteur du groupe Bronski Beat, vient chanter et apporter son soutien aux mineurs : « Les mineurs vaincront et le socialisme aussi ! », affirme-t-il.

Les années 80 furent intensément politisées en Grande-Bretagne, notamment au sein de la jeunesse. La scène rock n’était d’ailleurs pas en retrait, organisant de nombreux concerts contre le racisme, l’extrême droite et Margaret Thatcher.

« Power in a Union » (La force dans un syndicat) de Billy Bragg (1986) est alors la chanson politique par excellence. Mais « Smalltown Boy » de Bronski Beat (1984), qui raconte l’histoire d’un jeune homosexuel rejeté par sa famille et victime d’actes homophobes, l’est tout autant.

Au printemps 1985, les mineurs ont repris le chemin des puits. Ils n’ont pas oublié le témoignage de solidarité du groupe LGBT. Des bus quittent le Pays de Galles et rejoignent Londres. Les mineurs vont prendre part, en tête de cortège, à la marche de la Gay Pride. La boucle de cette lutte hybride et pluraliste est bouclée. Deux ans plus tard, les syndicats font inscrire la reconnaissance de droits en faveur des LGBT dans le programme du Parti travailliste.

« Pride » est dans la veine de « Brassed off » (1996), « Billy Elliot » (2000) ou
« Made in Dagenham » (2010) ; celle de comédies sociales britanniques qui mettent en scène la classe ouvrière.

Celle-ci n’est ni glorifiée, ni méprisée. Elle est représentée telle qu’elle est, avec ses forces et ses faiblesses. Les luttes pluralistes sont mobilisatrices : dans le cinéma de Londres, les spectateurs autour de moi rient et pleurent. À la fin de la séance, nous applaudissons longuement et nous échangeons quelques sourires.

© patheuk

Note

[1] Le collectif Lesbians and Gays Support the Miners a tourné un film intitulé « All out ! Dancing in Dulais » (1986). Ce document d’archives, qui retrace la lutte des LGSM en soutien des mineurs, est très émouvant. Des gays et lesbiennes, ainsi que des mineurs gallois sont interviewés.

Mark Ashton apparaît à deux reprises (à partir de 5’10 et de 12’10). Il décède de la maladie du sida en 1987 à l’âge de 27 ans.

Histoire de l’homosexualité

Sources : http://www.homo-hetero.be/histoire.html

Tantôt banalisée, tantôt exterminée… Ici, normalisée, là, condamnée… Parfois tolérée, souvent harcelée… L’homosexualité est présente tout au long de l’histoire de l’humanité.

1933-1945

Les nazis entreprennent de purifier l’Allemagne de ce qu’ils considèrent comme une gangrène sociale. Dans les camps de concentration, les déportés homosexuels doivent porter un triangle rose, pointe tournée vers le bas, qui les identifie comme tels. La hiérarchie concentrationnaire les place au plus bas de l’échelle sociale des camps.

1969

27 juin, les clients du bar gay le Stonewall Inn, à New-York, se révoltent contre le harcèlement policier. Les jours d’émeutes violentes qui suivirent sont une étape-clé du combat pour l’émancipation des homosexuel-le-s. C’est cet événement que célèbrent et commémorent les Gay Prides du monde entier.

1971

10 mars, sur RTL, première émission radio consacrée à l’homosexualité : L’homosexualité, ce douloureux problème. L’émission, présentée en direct par Ménie Grégoire, est interrompue par des militantes du Mouvement de Libération des Femmes et par des homosexuel-le-s du mouvement Arcadie qui scandent : « C’est pas vrai, on ne souffre pas ! » C’est de cet événement que naîtra le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR).

1972

Dépénalisation de l’homosexualité en Belgique.

1975

Janvier, sur Antenne 2, premier débat télévisé sur l’homosexualité.

1979

5 mai, à Anvers, première manifestation de rue des homosexuel-le-s belges.

1980

Yves Navarre obtient le prix Goncourt pour son roman Le Jardin d’Acclimatation. C’est une reconnaissance de facto du fait homosexuel par l’une des plus emblématiques institutions intello-culturelles françaises.

1990

L’Organisation Mondiale de la Santé enlève l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

1996

1re Belgian Lesbian & Gay Pride à Bruxelles.

Sortie du placard d’Elio Di Rupo, à l’époque Vice-Premier Ministre et Ministre de l’Économie et des Télécommunications.

1998

Loi sur la cohabitation légale (première reconnaissance légale des couples de même sexe).

2001

Élection de Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris.

2002

Élection de Klaus Wowereit à la Mairie de Berlin.

2003

Loi contre les discriminations : Elle permet de combattre les discriminations basées sur l’orientation sexuelle, l’état civil, la naissance, la fortune, l’âge, la conviction religieuse ou philosophique, l’état de santé actuel ou futur, le handicap ou la caractéristique physique. Elle concrétise un principe de la Constitution belge tout en transposant deux directives européennes.

Loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe.

2005

17 mai, 1re Journée mondiale de Lutte contre l’Homophobie.
La Belgique est le 1er pays à proclamer officiellement le 17 mai Journée nationale de Lutte contre l’Homophobie.

2006

Loi permettant l’adoption par les couples de même sexe.
À Montréal, 1re Conférence Internationale sur les Droits Humains des Lesbiennes, des Gays, des Bisexuel-le-s et des Transsexuel-le-s (LGBT) (1 500 participants de 102 pays).

2007

Dans 82 pays, l’homosexualité est toujours et encore punie pénalement, et elle est passible de peine de mort dans 9 d’entre eux..

Personnages historiques

Chefs d’états et de gouvernements, penseurs, scientifiques, politiciens, révolutionnaires, illustres inconnus, lâches ou héros… de nombreux(-ses) homosexuel-le-s et bisexuel-le-s ont marqué l’histoire.

Les empreintes plus ou moins tenaces qu’ils ont laissées témoignent de l’universalité géographique ethistorique de l’homosexualité.

Alexandre Le Grand, Anne Stuart, Caligula, le Duc de Cambacérès, Casanova, Charles XII de Suède, Christian VII du Danemark, Christine de Suède, Domitien, Edouard II, le Chevalier d’Eon, Ferdinand II de Médicis, Frédéric II de Prusse, Guillaume III d’Orange, Hadrien, Henri III, Henri de Castille, J. Edgar Hoover, Ivan Le Terrible, Jean le Bon, Lawrence d’Arabie, Louis II de Bavière, Louis XIII, Louis XVIII, Néron, Philippe d’Orléans, Pierre le Grand, Pou-Yi, Richard Coeur de Lion, Socrate, Tibère, Titus, Trajan, Umberto II, Ludwig Wittgenstein, Aristote, Jules César, Edouard Daladier, Alan Turing…

BELGIQUE

Que dit la loi ?

Sources : http://www.loveattitude.be/Et-la-loi

« Est interdite, toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle. »

Les normes existent dans toutes les sociétés, elles sont indispensables à l’organisation et à la cohésion des groupes.

Les lois sont des traductions officielles et écrites des normes. La société évolue parfois avant la loi, la norme officielle devient alors le reflet du changement sociétal. Ou, dans le mouvement inverse, la loi fait office de catalyseur pour impulser un changement de société.

Dans notre démocratie, les lois sont garantes des droits et des devoirs des citoyen-ne-s. Pour qu’elles soient concrètement appliquées, il est parfois nécessaire de mettre en place des institutions spécifiques qui analysent la situation et les évolutions, émettent des avis et sensibilisent l’opinion publique. Leur territoire d’action est aussi défini. Il existe, par exemple, les “Nations Unies” au niveau international, et le “Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme” ainsi que “l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes”, en Belgique.

Ligne du temps

  • 1948 Déclaration universelle des droits humains - Nations Unies
  • 1948 Le droit de vote est accordé aux femmes- Belgique
  • 1970 Organisation de la première “Lesbian and Gay Pride” dans le monde - U.S.A.
  • 1972 Dépénalisation de l’homosexualité - Belgique
  • 1978 Une Loi impose l’égalité de salaires entre hommes et femmes - Belgique
  • 1979 Première “Lesbian and Gay Pride” en Belgique - Belgique
  • 1981 Loi contre le racisme - Belgique
  • 1990 Suppression de l’homosexualité sur la liste des maladies mentales - Nations Unies
  • 1993 Création du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme-Belgique
  • 2000 Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne - U.E.
  • 2002 L’égalité entre les femmes et les hommes est inscrite dans la Constitution Belgique
  • 2002 Création de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes - Belgique
  • 2003 Légalisation de l’accès au mariage entre personnes de même sexe - Belgique
  • 2006 Légalisation de l’accès à l’adoption pour les couples de même sexe - Belgique
  • 2007 Loi anti-discrimination - Belgique

“La loi vise à promouvoir l’égalité en matière d’emploi et de travail et de lutter contre les discriminations fondées sur l’âge, l’orientation sexuelle, l’état civil, la naissance, la fortune, la conviction religieuse ou philosophique, la conviction politique, la conviction syndicale, la langue, l’état de santé actuel ou futur, un handicap, une caractéristique physique ou génétique ou l’origine sociale.”

Le mouvement gay en Belgique : origines et histoire ...
Source : http://www.gay.be/blog/blog-001.html

Persécutée des siècles durant, la communauté homosexuelle se rebelle et s’engage dès 1960 dans une lutte pour sa libération. A cette fin, le mouvement gay se regroupe en Belgique (comme dans d’autres pays). Il réunit l’ensemble des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels (LGBT) qui s’engagent ensemble dans des mouvements et des actions qui visent à faire évoluer les mentalités et à lutter pour obtenir l’égalité de leurs droits civils et sociaux.

En Belgique, jusqu’en 1960, la situation des homosexuels oscille entre tentatives d’émancipation et persécutions ...

Bien que l’origine de l’homosexualité n’ai jamais pu être démontrée, on en retrouve la trace dans les sociétés pré-chrétiennes de la Grèce Antique. Les relations entre hommes sont encouragées : les adolescents devant être initiés, pour leur éducation, par des hommes adultes à la vie politique et sociale ainsi qu’au sexe. C’est à cette époque que l’on retrouve, dans des écrits, les premières traces du lesbianisme appelé saphisme.

L’arrivée du Moyen-Age et la montée du christianisme change les mentalités. Les relations entre personnes du même sexe sont alors qualifiées de « crimes contre la dignité humaine » car elles ne peuvent pas mener à la reproduction.

A partir du 13ème siècle les persécutions à l’égard des homosexuels s’intensifient. Saint-Thomas d’Aquin codifie la morale chrétienne et qualifie l’amour entre personnes du même sexe comme étant « contre nature ». Les hommes sont alors passibles de castration et de peine de mort, les femmes, quant à elles, peuvent être torturées et brûlées au bûcher.

Il faut attendre le siècle des Lumières et le culte de la beauté masculine qu’il valorise par la peinture la sculpture et la littérature pour que l’intimité entre deux garçons soit à nouveau valorisée, sous l’impulsion notamment de Léonard de Vinci.

Le 18ème siècle voit apparaître un nouveau genre d’homosexuel ; il s’agit du « libertin efféminé et flamboyant ». Les exécutions diminuent pour disparaître totalement en 1750.

La révolution française et la conquête française qui va s’en suivre amènera la Belgique à enlever toutes les sanctions prévues contre les homosexuels, grâce notamment au Code Napoléon qui influencera par ailleurs l’ensemble des pays européens.

Mais l’arrivée de l’époque moderne change à nouveau les comportements. Alors que le juriste allemand Karl Heinrich Ulrichs tente de faire son coming-out lors d’un congrès, il est arrêté et emprisonné. A cette époque, le psychiatre hongrois Kertbeny défini les termes "hétérosexualité" et "homosexualité" définissant cette dernière comme étant une maladie. Freud quant à lui la définie comme une perversion due à un échec dans le développement de la sexualité.

En 1897, le Comité Scientifique Humanitaire est fondé par le neurologue Hirschfeld pour lutter contre les discriminations qui frappent les homosexuels. Parallèlement de nombreux représentants masculins et féminins des arts et lettres affichent leur homosexualité : Verlaine, Proust, Rimbaud, Cocteau, Colette, Vivien, Woolf.

Le passage au 20ème siècle amènera à considérer l’homosexualité comme "ruine de la nation". C’est à cette époque qu’ont lieu les persécutions les plus massives, sous l’influence des dictateurs tels que Staline et Hitler. Les associations homosexuelles sont fermées, les livres et photographie détruites et les homosexuels internés dans des camps de concentration affublés d’un triangle rose les menant à leur perte.

Le mouvement gay a gagné de nombreuses batailles depuis 1960
La fin de la guerre sonne une nouvelle ère pour la Belgique, comme pour tous les autres pays européens. Le pays a soif de liberté et la communauté homosexuelle aussi : elle veut pouvoir s’afficher au grand jour !

Dès 1965 un député socialiste belge propose de spécifier dans la loi portant sur la protection de la jeunesse que l’âge de consentement sexuel sera fixé à 18 ans pour les homosexuels. L’âge est certes plus élevé que pour les hétérosexuels (15 ans) mais c’est la première fois que la Belgique cite l’homosexualité dans une de ses lois.

Le 27 juin 1969 une révolte des homosexuels fréquentant le « Stonewall Inn » à New York éclate pour lutter contre le harcèlement policier permanent dont ils sont victimes. Cette date sera dès lors célébrée dans les Gay Prides du monde entier.

Le 10 mars 1971, la radio RTL propose la première émission de radio consacrée à l’homosexualité intitulée "l’homosexualité, ce douloureux problème". Mais l’émission va vite être interrompue par des homosexuels du mouvement Arcadie qui scandent "ça n’est pas vrai, on ne souffre pas !". C’est cet incident qui va entraîner la création du FHAR : le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire.

L’année 1972 marque la dépénalisation de l’homosexualité. S’en suivent en janvier 1975 le premier débat télévisé traitant de l’homosexualité et le 5 mai 1979 la première manifestation des homosexuels dans les rues d’Anvers.

En 1990 une victoire de taille est obtenue : l’Organisation Mondiale de la Santé enlève enfin l’homosexualité de la liste des maladies mentales ! En 1996 la 1ère Belgian Lesbian & Gay Pride voit le jour dans la ville de Bruxelles. Puis c’est en 1998 qu’a lieu la première reconnaissance légale des couples de même sexe dans la loi sur la cohabitation légale.

En 2003 une loi contre les discriminations voit le jour permettant de combattre les discriminations en général et en particulier les discriminations basées sur l’orientation sexuelle.

Le 30 janvier 2003, la Belgique est le deuxième pays du monde à permettre le mariage homosexuel ; la loi sera mise en application dès le 1er juin 2003.
Le 17 mai 2005 a lieu la 1re Journée mondiale de Lutte contre l’Homophobie ; la Belgique est alors le 1er pays à proclamer officiellement cette journée comme journée nationale de Lutte contre l’homophobie. .

Le 20 avril 2006, la Belgique est le 6ème pays européen qui vote une loi permettant l’adoption d’un enfant par un couple de même sexe.

Même si les événements récent tendent à faire penser que le combat pour faire accepter l’homosexualité est en train d’être gagné, il faut garder en tête que rien n’est jamais acquis. Même si notre société occidentale va de plus en plus vers l’acceptation ce n’est pas encore le cas de certains pays européens tels que Chypre, la Serbie, la Bosnie et la Roumanie qui gardent une législation punitive et prévoient 5 ans d’emprisonnement pour les homosexuels. Sans compter les nombreux pays ou l’homosexualité reste un crime passible de la peine de mort : le Yémen, l’Arabie Saoudite, le Nigeria, l’Iran, l’Afghanistan, la Mauritanie et le Soudan.

DROITS DES HOMOSEXUELS DANS LE MONDE

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PDF - 1.5 Mo

La terrible répression des homosexuels

Source : http://www.abolition.fr/la-terrible-repression-des-homosexuels/

Aujourd’hui encore, 77 pays dans le monde font de l’homosexualité un crime.
Pire encore, 11 d’entre eux punissent l’homosexualité de la peine de mort : Afghanistan, Arabie Saoudite, Brunei, Émirats arabes unis, Iran, Mauritanie, Nigeria (dans les 12 États du Nord ayant adopté la charia), Soudan, Somalie (dans les émirats islamiques régis par Al Shabaab), le Pakistan et le Yémen.

Ces dernières années, c’est en Afrique que la situation s’est le plus assombrie pour les gays, lesbiennes, bi et transexuels.

En janvier, le Nigeria s’est doté d’une des législations les plus répressives du continent. En février, l’Ouganda a adopté une loi qui interdit toute promotion de l’homosexualité et rend obligatoire la dénonciation des personnes homosexuelles. En République démocratique du Congo, une proposition de loi, prévoyant des peines allant de trois à cinq ans de prison pour homosexualité, est déposée mais pas votée.

Au Liberia, deux projets ont été présentés, dont l’un proposait de sanctionner pénalement la « promotion » des relations entre personnes de même sexe.

Quand les homosexuels ne se retrouvent pas hors la loi, ils sont victimes de discriminations, de violences voire d’actes de torture. En Afrique du Sud, où la liberté d’orientation sexuelle est pourtant reconnue et le mariage gay a été légalisé dès 2006, les homosexuel-le-s sont régulièrement traqués, tabassés voire tués, et ce en toute impunité. Dans le pays arc-en-ciel, les lesbiennes sont mêmes victimes de « viols de redressement ».

Dans ce contexte socio-politique, la défense des droits des homosexuel-le-s est devenu un combat très périlleux mais indispensable. Explications et analyse avec Richard Sédillot, avocat et administrateur d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

Comment la législation anti-homosexuelle s’est-elle renforcée au Nigeria ?
En janvier dernier, ce pays s’est doté, pour la première fois, d’une loi anti-gay au niveau fédéral.

Cette loi ne prévoit pas la peine de mort mais une peine de prison allant de 10 à 14 ans. Elle s’avère très répressive dans la mesure où les termes employés sont extrêmement vagues et donc extensibles. Elle criminalise non seulement les homosexuels mais aussi toute personne qui fait fonctionner ou participe à des clubs gays, à des sociétés ou à des organisations pour homosexuels. Ce qui laisse sous-entendre qu’une ONG qui défend les droits des homosexuels pourrait tomber sous le joug de la loi.

Tout Nigérian risque également d’être poursuivi dans son propre État s’il a contracté un mariage avec une personne du même sexe dans un pays où le mariage gay est autorisé.

C’est une loi qui vient renforcer les dispositifs législatifs anti-gays qui existent déjà dans les douze États du Nord par l’application de la charia, qui, elle, prévoit la peine de mort en cas d’homosexualité.

Y a-t-il déjà eu des exécutions d’homosexuels au Nigeria ?

A ma connaissance non. Mais il y a déjà eu des procès. Il y a quelques mois, dans le Nord, deux hommes accusés d’homosexualité ont été fouettés tandis que deux autres ont été acquittés. Dans le premier cas, la peine de mort n’a pas été prononcée car le juge a considéré que les faits étaient anciens et que les accusés s’étaient repentis. Dans le second cas, le juge a estimé que l’accusation n’avait pas suffisamment apporté la preuve de la culpabilité. Or, c’était pour lui indispensable qu’elle soit apportée au-delà de tout doute raisonnable puisque la peine encourue était la peine de mort.

L’Ouganda a aussi renforcé récemment son arsenal juridique contre les homosexuels mais, contrairement à ce qui avait été annoncé, la loi ne prévoit pas la peine de mort pour les « récidivistes ».

Comment expliquez-vous cette heureuse reculade ?

Il est possible que, dans le cas de l’Ouganda, la pression internationale ait été efficace et que le président Yoweri Museveni n’ait pas osé imposer la peine de mort.

Néanmoins, la loi est venue durcir le dispositif anti-gay pré-existant. Elle condamne non seulement le délit de l’homosexualité mais aussi la promotion de l’homosexualité.

Ce qui est, là aussi, extrêmement dangereux. On peut se demander si une ONG qui prend en charge des malades du Sida ne tomberait pas sous le coup de la loi dans la mesure où le Sida est encore trop souvent assimilé à l’homosexualité.

Le texte législatif va même plus loin : il rend obligatoire la dénonciation de quiconque s’affichant homosexuel. Par exemple, quand un médecin ne dénonce pas l’homosexualité d’un de ses patients, il est dans l’illégalité.

Autrement dit, il doit trahir le secret professionnel. Autre exemple, il est interdit de louer un logement à un homosexuel. Ce qui veut dire que tout propriétaire doit connaitre l’orientation sexuelle de ses locataires. Cela devient absurde !

N’y a-t-il pas une instrumentalisation politique de ces lois anti-gay ?

Certainement. La répression de l’homosexualité est une aventure, malheureusement, très populaire sur le continent africain et ailleurs.

On constate que lorsqu’un gouvernement fait face à des difficultés, ce qui est le cas au Nigeria face au groupe terroriste Boko Haram, il cherche à détourner l’attention de la population par des vagues de répression anti-homosexuelle.

Par exemple, au Nigeria, lors du procès des deux homosexuels condamnés au fouet, une foule en colère, réclamant l’exécution immédiate des accusés, a littéralement attaqué le tribunal au point d’obliger le juge à suspendre l’audience. C’est d’ailleurs la même stratégie politique qui est employée avec la peine de mort quand elle s’avère très populaire.

Existe-t-il des chiffres sur le nombre de condamnés pour homosexualité en Afrique ? Quelles sont leurs conditions d’incarcération ?

Je ne pense pas que des chiffres existent. Quant à leurs conditions de détention, elles doivent être terribles. Si le motif de leur incarcération est connu par les autres détenus, ils doivent subir la même répression qu’ils subiraient à l’extérieur : exclusion, passage à tabac, agressions sexuelles, viols…

Comment, dans un contexte socio-culturel homophobe, les homosexuels peuvent-ils défendre leurs droits ?

Beaucoup de mes confrères africains n’osent pas défendre des affaires liées à l’homosexualité car ils ont peur, non pas d’être perçus comme homosexuels, mais d’être assimilés au combat homosexuel. Toutefois, certains acceptent avec beaucoup de courage. C’est le cas de ma consœur camerounaise Alice N’Kom.

Au Cameroun, où l’homosexualité est également criminalisée, Alice N’Kom a réussi à attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des homosexuels et a reçu plusieurs prix décernés par des organismes de défense des droits de l’homme.

En janvier dernier, elle a gagné une belle victoire en obtenant l’aquitement de deux jeunes hommes condamnés à cinq ans de prison.

J’espère qu’elle sera bientôt invitée en France par le Conseil national des barreaux. Elle a besoin de reconnaissance internationale pour bénéficier dans son pays d’une forme de protection diplomatique et médiatique.

Comment expliquez-vous cette montée de l’homophobie sur le continent africain ?

Il y a d’abord un facteur religieux. L’islam radical par le biais de la charia condamne à mort l’homosexualité tout comme les Églises évangélistes qui, sous influence américaine le plus souvent, ne cessent de gagner du terrain sur le continent africain.

Le catholicisme a une position plus modérée dans la mesure où l’Église catholique s’oppose dans toutes circonstances à l’usage de la peine de mort. Le pape François l’a encore rappelé dernièrement.

Je pense qu’il y a aussi un facteur de tensions entre le Nord et le Sud. Plus les pays du Nord font tomber les discriminations à l’égard des homosexuels, plus les pays du Sud durcissent leur législation.

Je pense qu’il y a une véritable incompréhension. Beaucoup d’Africains n’ont pas compris l’adoption par la France du mariage pour tous, mêmes les plus tolérants et ouverts.

Ils ont l’impression que l’on cherche à leur imposer des valeurs qui ne sont pas les leurs. Le président du Zimbabwe, Robert Mugabé, a été l’un des premiers dirigeants africains à s’attaquer à « l’absurdité homosexuelle » de l’Europe et à dénoncer un
« combat impérialiste ».

Il est vrai que certains propos ont été très maladroits. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a déclaré qu’il voulait « exporter le mariage homosexuel dans le monde » parce que c’est une valeur de liberté. C’est louable sur le principe mais c’est vécu comme une forme d’ingérence par les pays africains.

Il faut dire aussi qu’il existe en Afrique un vrai fantasme sur l’homosexualité qui pourrait se résumer à : « si on donne des droits aux homosexuels, on va inciter d’autres à le devenir ! »

Toutefois, cette terrible répression des homosexuels, qui est une très grave atteinte aux droits de l’homme, a eu pour effet salvateur de faire émerger un contre-mouvement de la société civile africaine en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité.

Comment la communauté internationale peut-elle intervenir contre ces lois homophobes sans risquer d’être critiquée pour ingérence ?

Plusieurs pays occidentaux ont fait la défense des homosexuels un enjeu international et ont conditionné leur aide au développement à l’abandon de toute répression. C’est le cas du Canada, des Etats-Unis, des Pays-Bas et de la la Grande-Bretagne.

La Suède est allée encore plus loin puisqu’elle a interrompu toute assistance à l’Ouganda. Mais aucun pays occidental n’a sanctionné ni le Nigeria ni l’Arabie Saoudite pour leurs lois anti-gays, tout deux exportateurs de pétrole et acheteurs d’armes. Il y a donc vraiment « deux poids, deux mesures » de la part des Occidentaux.

En fait, je pense qu’il faut y aller prudemment. Il faut absolument soutenir et les associations et les avocats qui défendent les droits des homosexuels.

Mais le faire de manière discrète sans déclarations tonitruantes. C’est d’ailleurs ce qu’ont demandé de nombreuses ONG africaines. Je pense qu’il faut aussi prendre le temps d’expliquer ce qu’est l’homosexualité pour faire tomber les fantasmes sans agiter les peurs.

En Mauritanie, des confrères m’ont expliqué que l’homosexualité, si elle n’est pas affichée publiquement, est relativement bien acceptée, alors qu’elle est pourtant passible de peine de mort.

Mais, il ne faut absolument pas donner l’occasion à la presse de s’emparer de ce sujet car elle risquerait d’enflammer l’opinion publique.

Même si la situation en Afrique est très sombre pour les homosexuels, je reste optimiste. Je pense qu’il est possible de faire évoluer les mentalités et les lois. Le mouvement abolitionniste, qui a dû faire face aux mêmes genre de critiques anti-occidentales, est parvenu à gagner de nombreux pays, notamment africains.

Qui, il y a dix ans, aurait parié sur l’organisation d’un grand débat sur la peine de mort dans la capitale marocaine ? Pas grand monde. Pourtant ECPM et ses partenaires ont réussi à le faire avec l’appui des autorités !

Propos recueillis par Camille Sarret


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