La Maison de Nina

Le 14 décembre 2019 |  Programmation  Archives  Programmation 2013-2014
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Richard Dembo, France, 2005, 1h50

Avec Agnès Jaoui, Sarah Adler, Katia Lewkowicz, Arié Elmaleh, Michel Jonasz

Créées dans l’urgence de la Libération, les maisons d’enfants ont accueilli, dès 1944, les gamins sans famille, cachés dans la France profonde puis, dès juin 1945, les enfants déportés, survivants des camps de concentration. Des milliers d’enfants s’y sont reconstruits...
L’action du film se déroule entre septembre 1944 et janvier 1946. En racontant l’apprentissage de l’espoir, ou comment revivre après la catastrophe et l’anéantissement, ce film ne parle pas du passé mais de l’avenir. C’est un hymne à la vie et au bonheur d’être vivant.


Fiche pédagogiques liée

Résumé du film :

Créées dans l’urgence de la Libération, les maisons d’enfants ont accueilli, dès 1944, les gamins sans famille, cachés dans la France profonde puis, dès juin 1945, les enfants déportés, survivants des camps de concentration. Des milliers d’enfants s’y sont reconstruits...

L’action du film se déroule entre septembre 1944 et janvier 1946.

En racontant l’apprentissage de l’espoir, ou comment revivre après la catastrophe et l’anéantissement, ce film ne parle pas du passé mais de l’avenir. C’est un hymne à la vie et au bonheur d’être vivant.

La Maison de Nina, Richard Dembo, France, 2005, 1h50

FICHE PEDAGOGIQUE

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ANGLE D’ATTAQUE : COMPOSER AU NOM D’UN OBJECTIF

INFORMATION PRATIQUE : tous les minutages sont calculés avec le logiciel VLC.

Avant d’aller voir le film

Nous vous proposons une démarche interculturelle. Son point de départ est un travail de décentration basé sur les vécus, les expériences et les visions des participants.

Nous travaillerons également à l’identification, à l’accrochage aux personnages et au fil conducteur du film .

Activité 1 : Décentration

Consigne :

En sous-groupes de 4 participants, chacun raconte aux participants de son sous-groupe une situation, un conflit, un "problème" , une grande difficulté qu’il a vécu avec une autre personne ou à laquelle il a assisté :

  • Qui l’a choqué
  • Qui l’a irrité
  • Qui l’a fâché
  • Avec laquelle il n’était pas d’accord
  • Qui l’a attristé

Ensuite, le sous-groupe choisit une des situations qu’il ramènera au grand groupe et qu’il présentera soit sous forme d’un récit, d’ un jeu de rôle ou d’une petite mise en scène.

Mise en commun en grand groupe : chaque sous-groupe présente la situation sélectionnée au grand groupe.

Activité 2 : Travail sur les différentes visions du « conflit »

Consigne :

En grand groupe, tour de table : chaque participant dit ce que le terme « conflit » évoque pour lui :

  • C’est quoi pour vous un conflit ?

Le formateur note ce que les participants disent.

Variante :

Consigne :

Photos, dessins, disposés sur une grande table, chaque participant en sélectionne une qui le touche et qui représente le terme « conflit » pour lui (voir les images représentant des conflits dans galerie photos).

Le formateur propose aux participants qui le souhaitent de présenter leur image et de s’exprimer sur leur choix.

Activité 3 :Travail sur le positionnement des participants par rapport au conflit.

Consigne pour des groupes oral 2, 3 :

Le formateur propose une minute de réflexion individuelle sur comment chacun/e réagit /agit quand il y a un conflit .

Consigne pour des groupes oral 1, 2 :

Chaque participant choisit une image/dessin/photo qui représente sa réaction vis-à-vis d’un conflit (voir les images,dans la galerie photo en bas de la fiche).

Chaque participant présente son choix.

Le formateur peut proposer une « synthèse provisoire » :

  • Quelles sont les images/photos/dessins qui ont été choisis pour la majorité des participants et pourquoi ?

Activité 4 : Travail de français sur le mot « conflit » :

Si le groupe sait lire et écrire, le formateur peut proposer un moment de lecture sur les différents sens du mot conflit ou une recherche dans le dictionnaire sur le mot.


CONFLIT : Nom masculin

  • Sens 1 : : Opposition d’éléments, de points d’intérêt, de sentiments... contraires.
  • Synonyme : différend
  • Sens 2 : Opposition ou guerre entre des États [Politique].
  • Synonyme : hostilités

Synonymes  : antagonisme, bataille, choc, combat, contentieux, désaccord, différend, discorde, dissension, divergence, guerre, heurt, hostilité, hostilités, litige, lutte, opposition, querelle, tiraillement.

Activité 5 : travail de compréhension du film

Consigne :

Les participants visionnent la séquence du début SANS SON, même plusieurs fois si nécessaire, pour relever un maximum d’indices leur permettant de répondre aux questions reprises ci-dessous.

Il s’agit de la scène du début du film où on voit les enfants dans la forêt. On arrête la vision quand ils sont accueillis par Nina.

Minutage : 01. 36 ----) 04. 39 Attention : sans son

Après la vision de la séquence, en trois sous-groupes, les participants répondent aux questions suivantes et nomment les indices sur lesquels ils se sont basés pour répondre :

  • Qu’est-ce qui se passe dans cette séquence ?
  • Qui sont ces gens ?
  • Dans quel pays cela se passe-t-il ?
  • A quelle époque cela se passe ?

Le formateur prend note des hypothèses et des indices.

Activité 6 : travail sur les personnages

Consigne : Les participants visionnent la séquence où on voit le deuxième groupe d’enfants qui débarque d’un train, et qui est accueilli par un médecin et Nina.

Minutage : 27.46 ---) 30.42

Après la vision de la séquence, en 3 sous-groupes , les participants répondent aux questions suivantes :

  • Qui sont-ils ?
  • D’où viennent-ils ?
  • Où vont-ils tous ?
  • Quelles différences relevez-vous entre les deux groupes d’enfants ?

Mise en commun en grand groupe : chaque sous-groupe présente ses hypothèses. Le formateur prend note.

Activité 7 : travail sur le conflit entre les deux groupes d’enfants

Consigne :

On regarde la séquence qui se déroule dans la salle à manger de la maison et où les enfants d’un des deux groupes s’opposent à manger le lapin. On arrête la vision avant que Nina ne prenne la parole pur dire son choix, quand un des enfants dit « … pourquoi ce sont les religieux qui décident, ce n’est pas démocratique … »

Minutage : 37.43 ---) 38.25

Après la vision de la séquence, les participants, en 3 sous-groupes, répondent aux questions :

  • Qu’est-ce qui se passe dans cette scène ?
  • Identifiez le conflit
  • Pourquoi y a-t-il désaccord entre les deux groupes ?
  • A votre avis, que va décider Nina et pourquoi ?

Mise en commun en grand groupe : chaque sous-groupe présente ses réponses et hypothèses. Le formateur prend note.

On va voir le film

Après la vision du film, nous vous proposons des démarches axées sur un travail de compréhension et, si nécessaire, de négociation.

Point de départ : les émotions, les ressentis et le positionnement des participants sur le film.

Deuxième temps : travail d’analyse, d’approfondissement sur le sujet, le(s ) contenu(s) et e fil conducteur du film.

Si il y a un « conflit » un « problème » à résoudre, moment de proposition d’actions, de(s) solution(s)…

Activité 8 : travail sur le ressenti

Consigne :

En grand groupe, chacun évoque ses impressions, ses sentiments, par rapport au film :

  • J’ai aimé
  • J’ai pas aimé
  • J’étais triste
  • J’étais fâché
  • J’étais étonné
  • ……………

Activité 9 : vérification des hypothèses à propos des personnages

Consigne :

Au départ des grandes feuilles construites dans les activités 5 et 6, en grand groupe, on revisite les hypothèses après avoir vu le film :

  • Sur les différences entre les deux groupes d’enfants
  • Autres choses relevées sur les personnages.

Activité 10 : travail sur le contexte historique

Différentes propositions de travail possibles :

Variante 1 :

Consigne :

Chaque sous-groupe reçoit une série de photos représentant le contexte historique.

Les participants rassemblent leurs connaissances pour les expliquer aux autres sous-groupes lors de la mise en commun.

En un deuxième temps ; sur base de ce qui s’est dit lors de la mise en commun, le formateur ajoutera des compléments d’informations.

Variante 2 :

Consigne pour un groupe qui s’exprime en français (oral 2 ) :

Les participants répondent aux questions suivantes :

  • Qu’est-ce que je savais de la 2ème guerre mondiale avant d’avoir vu le film ?
  • Qu’est-ce que le film m’a appris ?
  • Quelles sont les questions qui restent ?

Selon les questions qui restent à élucider, le formateur apporte des compléments d’information à partir de photos et de la note de complément historique reprise en annexe.

Variante 3 :

Consigne pour un groupe qui ne dispose pas encore de vocabulaire en suffisance :

Travailler à partir de photos (voir galerie photos)

En sous-groupes, les participants trient les photos en trois grandes catégories :

  • qu’est-ce que je savais de la 2ème guerre mondiale ?
  • Qu’est-ce que le film m’a appris ?
  • Quelles sont les questions qui restent ?

Selon les questions qui restent à élucider, le formateur apporte des compléments d’information à partir de photos (voir annexe, note sur le contexte historique)

Activité 11 : retour sur la séquence du conflit

Consigne :

On commence par visionner à nouveau la scène de l’activité 5, mais dont on poursuit la vision jusqu’à la proposition de Nina.

Minutage : 37.43 ---) 38.36

Vérification des hypothèses sur le conflit entre les deux groupes d’enfants :

  • Qu’est-ce qui s’est passé dans la maison ?
  • Nos idées, nos hypothèses étaient justes ? Fausses ?
  • Analyse du conflit : Pourquoi y a-t-il eu un désaccord entre les deux groupes ?

Remarque : Si nécessaire, le formateur peut donner des informations qui vont permettre de mieux comprendre le conflit et la proposition de Nina.

C’est quoi exactement : « manger kasher » ?

C’est la loi de la Kashrut, qui gère toute la vie alimentaire des Juifs orthodoxes.

  • On ne mange pas de porc
  • On ne mange que les animaux qui ont le sabot fourchu, fendu en deux ongles, et qui ruminent
  • On ne mange pas d’animaux carnivores
  • Les animaux doivent être examinés et abattus sans douleur, et saignés complètement
  • On ne mange pas d’oiseaux avec des serres
  • On ne mange pas d’animaux marins dépourvus d’écailles et de nageoires
  • On ne mélange pas la viande et les produits laitiers
  • On n’utilise pas la même vaisselle pour la viande et les produits laitiers

En savoir plus ? voir sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Kasher

Activité 12 : pour élargir le propos

Consigne :

Après l’explication sur le « kasher », les participants travaillent en sous-groupes :

  • qui préparent chacun une interview de Nina où ils imaginent ce qui se serait passé si Nina n’avait pas choisi de faire « une maison
    kasher ».
    ou
  • qui préparent une interview de Nina qui explique son choix.
    En un second temps, en grand groupe, chaque sous-groupe présente son travail.

Activité 13 : Pour sortir du conflit, on négocie

Consigne :

En grand groupe, on revient sur les situations évoquées au départ dans l’activité 1 et les situations imaginées pour dépasser les conflits.

En sous-groupes les participants revisitent les situations et les portes de sortie imaginées.

Discussion en grand groupe sur d’autres issues possibles aux conflits présentés.

COMPLEMENT HISTORIQUE

Le film « la Maison de Nina » est basé sur l’histoire réelle des enfants de Buchenwald qui en a inspiré le scénario.

Crées dans l’urgence de la Libération, les maisons d’enfants ont accueilli dès 1944 les gamins sans famille, cachés dans la France profonde ; puis dès juin 1945, les enfants déportés, survivants des camps de concentration.

Le 11 avril 1945, les déportés de Buchenwald prennent les armes et délivrent le camp.

Quelques heures plus tard, les soldats de l’armée américaine pénètrent dans l’enceinte du camp.

Ils découvrent avec stupeur, parmi les détenus politiques, un millier d’enfants et d’adolescents vivant dans la baraque 66.

Le plus jeune, Israël Meïr Lau,dit Lulek, n’a pas encore huit ans.
Ces garçons juifs sont originaires des pays d’Europe centrale et orientale.

Début 1945, ils échouent à Buchenwald à l’issue des marches de la mort, après être passés par des ghettos, des camps de travail, des camps de concentration, des camps d’extermination d’Allemagne et de Pologne.

On ignore par quel miracle ils ont échappé maintes fois à la mort, notamment à Auschwitz-Birkenau où les enfants étaient gazés dès leur arrivée. Très peu d’entre eux ont été déportés directement à Buchenwald.

A Buchenwald, sous l’égide du Comité International Interne de la Résistance, les déportés se mobilisent pour les protéger des coups. Une école clandestine est même créée pour eux.

Alors que les déportés politiques sont rapidement rapatriés vers la France, les Alliés ne savent que faire de ces jeunes dont les parents, à peu d’exceptions près, ont été massacrés par les nazis.

Ils vont alors attendre que l’on statue sur leur sort et cela va durer deux mois.

Cette longue attente avant leur arrivée en France, en Suisse et en Angleterre, est une parenthèse indéfinissable. Ils ont tous l’espoir fou de retrouver l’un des leurs sur les listes qui circulent alors.

Ils doivent réapprendre à vivre, ils ne savent pas quoi attendre du lendemain.

Le Comité Intergouvernemental pour les Réfugiés, les confient à l’OSE, œuvre de Secours aux Enfants, institution juive créée en 1912 qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, œuvrant aux côtés des mouvements de résistance, sauva des milliers d’enfants juifs.

Après une campagne de presse, les interventions de l’OSE auprès du gouvernement français, et également l’intervention de Geneviève de Gaulle- Anthonioz, nièce du Général de Gaulle, résistante de la première heure et déportée au camp de Ravensbrück, la France accepte d’accueillir 426 enfants dans l’ancien Préventorium d’Ecouis, dans l’Eure.

On comprend que cela n’ait pas été facile. La France, elle-même sort exsangue de l’occupation nazie ; elle est encore en reconstruction ; il y a encore des cartes d’alimentation ; bref la vie est difficile pour tout le monde.

Les enfants ne sont pas des rapatriés, car ils ne sont pas Français, mais des enfants étrangers que la France accepte d’accueillir.

Près de la moitié des enfants reçoit donc un visa pour la France. Parmi eux, Israël Meïr Lau, né le 1er juin 1937 en Pologne, deviendra Grand Rabbin d’Israël, et Elie Wiesel, né le 30 septembre 1928 en Roumanie, se verra décerner le Prix Nobel de la Paix en 1986.

Les autres partent pour la Suisse et la Grande Bretagne.

Le train met quatre jours pour les amener en Normandie.

Transportés de Buchenwald via Thionville en wagons couchettes, ils arrivent le 6 juin 1945 à la gare de Saussay-la-Campagne où ils sont reçus par le Sous Préfet, M.Astruc, accompagné de diverses personnalités dont M. Lecoq Maire des Andelys, André Briard Maire adjoint. Des cars et le camion de M. Lecoq les conduisent à Ecouis, village distant de 6 kms.

L’OSE et la Croix Rouge Internationale les accueillent avec sollicitude au Préventorium mis à leur disposition.

Les éducateurs de l’OSE s’efforcent de leur faire oublier les misères et les souffrances de Buchenwald afin de leur permettre de revenir à la vie, de les resocialiser avant de les disperser dans les diverses maisons de l’association.

Mais les relations sont difficiles. Les éducateurs attendaient des enfants, ils sont confrontés à des adultes avant l’âge qui se méfient d’eux.

Tous ces jeunes ont côtoyé la mort, ont vu leurs proches disparaître et ont connu la violence.

Fondamentalement la relation aux adultes est transformée. Ils ne font plus confiance aux adultes qui étaient censés les protéger.

Certains ne peuvent se départir des habitudes prises à Buchenwald, ils chassent pour se nourrir alors qu’ils ne manquent de rien, ils sont violents.

L’absence de langue commune aggrave les problèmes de communication. Ils sont de nationalités différentes, de langues différentes, de milieux culturels ou politiques différents.

Il y a parmi eux des Hongrois, des Polonais, des Roumains, des Tchèques. Les uns sont très religieux, d’autres sionistes, d’autres encore communistes, ou qui appartiennent à des familles qui l’ont été.

Il est difficile de se mettre dans la tête d’un enfant rescapé, ancien déporté. Pourtant, grâce aux éducateurs de l’OSE, ils réapprennent peu à peu à être enfant ou adolescent, à jouer, à rire, et même à pleurer.

Le 7 juillet 1945, une forte délégation des jeunes déportés de Buchenwald assiste aux obsèques de Florentine SUEUR à Boisemont .

Jean est touché de la présence de ses anciens compagnons de bagne.

Après six semaines à Ecouis, les jeunes sont regroupés par affinité et dispersés dans d’autres maisons de l’OSE.

L’objectif est de resocialiser les enfants et les adolescents, de les enrichir intellectuellement et de retrouver des membres de leur famille.

Toutefois, une centaine, dont Israël Meïr Lau, part vers la Palestine dès juillet 1945.

Après deux années passées en France, la grande majorité décide de quitter l’Europe.

Elie Wiesel et d’autres s’embarquent pour les Etats-Unis. Seuls 25 choisissent de s’installer dans leur patrie d’adoption. Près de 350 retrouvent une famille.

En 1985, ils reviennent à Ecouis à l’occasion du 40ème anniversaire de leur libération. Tous partagent un destin commun et une reconnaissance sans faille à la France qui les a accueillis, et à l’OSE qui leur a permis de retourner vers la vie.

Un peu plus d’un million et demi d’enfants juifs a été assassiné par les nazis et leurs complices.

Sources :
• Katy Hazan et Eric Ghozlan, "A la vie ! Les enfants de Buchenwald...
• Judith Hemmendinger, Les Enfants de Buchenwald, Paris, l’Harmattan

Les enfants de Buchenwald

Sources : http://memoiresvives.net/2011/04/10/les-enfants-de-buchenwald/

L’arrivée dans l’Eure des enfants de Buchenwald : Témoignages d’Alfred et Françoise Braune :

Françoise. – Je n’oublierai jamais cette entrée en gare. C’était la gare de Gisors, dans la direction de Rouen.

L’organisation [OSE, OEuvre de Secours pour l’Enfance] s’est vue attribuer un ancien sanatorium ou préventorium départemental, à Ecouis.

J’ai vu arriver ce train, avec des têtes d’enfants à toutes les fenêtres... ou plutôt des têtes d’adolescents…

Alfred. – Il y avait aussi quelques petits. Les plus grands, très gentiment, les ont laissé avancer vers les fenêtres.

À côté de moi, sur le quai, un homme leur a crié des mots au yiddish, quelque chose comme « Ne pas sortir du train ».

Un journaliste, la caméra au poing, m’a demandé s’il s’agissait bien des petits enfants de Buchenwald. Il faisait un geste vers son visage qu’il gonflait...

« Je les attendais plus... plus... » « squelettiques », ai-je ajouté. « Oui, Monsieur, leurs visages sont bouffis... » Il aurait fallu toute une explication médicale pour lui faire comprendre leur état.

Le photographe actionnait son appareil fiévreusement. « Dites, cher Monsieur, dit-il, vous permettez qu’on inscrive le mot de « Buchenwald » sur le train ? pour mon journal, mes lecteurs... »

Mais il ne savait pas l’orthographier. Je lui ai enlevé la craie de la main pour tracer ce mot terrible, en grandes lettres.

Les garçons se penchèrent par les fenêtres. Ils demandèrent qu’on ajoute le mot Waisen (orphelins).

Décidément, ils avaient profité de la fréquentation des journalistes américains...

Plus tard, un journal a écrit que cette inscription avait été faite à la frontière allemande pour la « protection des enfants » (contre qui ?).

Cette explication, reprise par la suite, le fut également plus tard par les historiens : et voici comment naissent les légendes... Ce ne fut pas le seul cas de cette espèce.

L’attente se prolongeait.

Dès qu’un appareil photographique approchait, les garçons retroussaient leurs manches pour mettre en évidence leur numéro de matricule tatoué à l’avant-bras, et le montrait à l’objectif en prenant des positions dramatiques.

Monsieur le maire (de quelle ville ?) vint saluer ces « malheureuses victimes innocentes de la barbarie hitlérienne », des demoiselles attendaient des corbeilles remplies de bonbons (une rareté dans la France de l’époque), des dames dans l’assistance essuyaient des larmes.

Françoise. – Mais plusieurs garçons ont essayé de retenir leurs camarades trop provocants de leurs attitudes.

Je découvris que le yiddish ressemblait à l’allemand du Sud, l’Oberdeutsch, et j’ai nettement compris quelques phrases : « Faut pas faire pitié ! Tu n’as pas honte ? »

Alfred. – Quand ils furent enfin descendus du train, nous avons pu les voir de la tête aux pieds : des corps d’enfants ou d’adolescents, avec des visages d’adultes.

Quelques-uns, qui étaient grands et élancés, semblaient très maigres, d’autres étaient petits pour l’âge qu’ils paraissaient.

Françoise. – Rassemblés sur le quai, les garçons m’ont assailli de questions, en un mélange d’allemand, le yiddish et de mots slaves :
« Où on habitera ? », « Pourquoi sanatorium ? », « Pas malade moi ! », « Provisoires ? en attendant, bon. Attendre quoi ? », « Ecouis ? »,
« Loin de Paris ? », « Combien de kilomètres ? », « Y a un consulat USA ? », « J’ai oncle USA », « Moi cousin et tante… »

… En savoir plus : http://florentinejeansueur.webnode.fr/news/les-enfants-de-buchenwald/


Camps de concentration de l’Allemagne nazie

À partir de 1933, le Troisième Reich met en place des camps de concentration (Konzentrationslager ou KZ) dans des buts punitifs et discriminatoires : pour éloigner les opposants au régime et enfermer, maltraiter diverses catégories de rejetés par la société allemande : les juifs, les communistes, les criminels, les Témoins de Jéhovah, les homosexuels, les asociaux, etc.

Après l’attaque allemande contre l’URSS, en 1941, les allemands transforment certains de ces camps de concentration en camps d’extermination (Auschwitz) et construisent des camps uniquement affectés à la Shoah (Treblinka, Sobibor…) : ces camps sont mis en place pour y exterminer immédiatement ou par épuisement au travail et par mauvais traitements, les Juifs et les Tziganes.

Buts des camps de concentration de l’Allemagne nazie
Les objectifs des camps de concentration mis en place par le régime de l’Allemagne nazie sont notamment :

  • écraser toute opposition politique et syndicale ;
  • anéantir les mouvements de Résistance ;
  • purger la population des personnes considérées comme inutiles ou nuisibles ;
  • exploiter un grand nombre de travailleurs forcés (camp de travail).
    La carte industrielle de l’Allemagne nazie s’harmonisait parfaitement avec la carte des camps de concentration : Siemens, BMW, Volkswagen, Opel, Bosch, Henkel inter alia utilisèrent la main d’œuvre concentrationnaire22 ;
  • exterminer les Juifs, les Tziganes et les Slaves (camps d’extermination)

Les personnes incarcérées dans de tels camps le sont souvent pour des motifs politiques, religieux, raciaux, d’une façon générale en raison d’une discrimination ou d’un soupçon à leur encontre.

Les déportés internés y sont séparés de leurs proches, gardés dans des conditions très précaires et difficiles, souffrant de malnutrition aigüe, forcés à travailler et maltraités par les gardiens. La mortalité est variable selon le statut des camps : extrêmement élevée dans les camps d’extermination, sensiblement moindre dans les camps de travail.

voir une vidéo : http://www.ina.fr/video/AFE00000275

Les différents catégories de détenus dans les camps de concentration nazis.

Leurs uniformes portent des badges triangulaires de classification et des numéros d’identification. Buchenwald, Allemagne, 1938-1941. (voir galerie photos)

Les opposants politiques - essentiellement des Communistes, des Démocrates sociaux et des syndicalistes - furent les premières victimes des persécutions dans l’Allemagne nazie.

Les Témoins de Jéhovah
qui refusaient de servir dans l’armée allemande et de prêter le serment d’obédience à Adolf Hitler, furent également visés.

Les homosexuels allemands, dont l’orientation sexuelle était considérée comme constituant un obstacle au sain développement de la population allemande furent aussi victimes des persécutions. Des dizaines de milliers furent emprisonnés, et environ 15 000 jetés dans un camp de concentration à l’issue de leur peine.

Les Nazis persécutèrent les hommes qu’ils considéraient appartenir à une race inférieure.

L’idéologie raciale nazie visait principalement les Juifs, mais s’étendait aussi aux Tsiganes, aux Slaves et aux noirs.

Les Nazis considéraient les Juifs comment ennemis, de par leur
"race" ; ils les soumirent à des arrestations et des internements arbitraires.

A partir de 1941 ils les assassinèrent systématiquement.

Les Tsiganes furent également visés par les persécutions pour des motifs raciaux.

Les Nazis considéraient les Polonais et les autres Slaves comme relevant d’une race inférieure, et les destinaient à l’oppression, au travail forcé, et parfois à la mort.

Les prisonniers juifs subirent les traitement les plus brutaux dans les camps de concentration nazis et la destruction systématique.

A partir de 1938, les Juifs des camps étaient identifiés par une étoile cousue sur leurs uniformes de prisonniers, étoile qui était un détournement du symbole juif de l’étoile de David.

Après 1939, et avec quelques variantes d’un camp à l’autre, les catégories de prisonniers furent identifiées par un système de marquage combinant un triangle inversé coloré et des lettres, cousus sur leurs uniformes rayés. Les badges permettaient aux gardes SS de connaître le motif de l’incarcération.

  • Les criminels étaient distingués par un triangle inversé vert ;
  • les prisonniers politiques portaient un triangle rouge ;
  • les associaux, non-conformistes ou vagabonds portaient un triangle noir ;
  • les Tsiganes, quant à eux, portaient un triangle marron.
  • Les homosexuels étaient identifiés par un triangle rose,
  • et les Témoins de Jéhovah par un triangle violet.
  • Les prisonniers non allemands étaient identifiés par la première lettre du nom de leur pays en Allemand, qui était cousue sur leur badge.

Les deux triangles qui formaient le badge en forme d’étoile des Juifs étaient jaunes, à moins que le prisonnier juif en question ne fît également partie d’une autre catégorie de prisonniers.

Un prisonnier politique juif, par exemple, était identifié par un triangle jaune sous un triangle rouge.

A partir de 1941, les Nazis imposèrent l’étoile jaune (ou un brassard à l’étoile bleue dans le Gouvernement Général de Pologne) à tous les Juifs d’Europe, qu’ils se trouvent ou non dans un camp de concentration.

Les camps de concentration et d’extermination nazis constituent l’application la plus effroyable d’un système lié à une conception raciste et politique relevant d’une idéologie totalitaire.

Selon le journaliste et sociologue allemand Eugen Kogon, ancien déporté qui a publié en 1946 l’État SS, l’effectif concentrationnaire aurait atteint le chiffre total d’au moins 10 à 12 millions de 1933 à 1945.

On estime que plus de 5 millions de Juifs y ont trouvé la mort, ainsi que 800 000 détenus d’autres catégories auxquels il faut ajouter
300 000 morts lors des terribles évacuations de janvier à avril 1945, quand le Reich s’effondre sous les coups des armées alliées. Les Polonais forment avec les Soviétiques les groupes de victimes les plus nombreux.

Les survivants des camps ont abondamment témoigné, rédigeant notamment de très nombreux récits. Très vite pourtant, ils se sont heurtés à la surdité du monde et ont dû vivre sans pouvoir communiquer l’effroyable souffrance qui fut la leur.

Cependant, les Alliés avaient pris conscience de la spécificité absolue du génocide des Juifs et décidé de juger les responsables en créant la catégorie inédite du « crime contre l’humanité ».

Le procès de Nuremberg, qui se déroula d’octobre 1945 à octobre 1946, voulut ainsi être à la fois œuvre de justice, d’histoire et de mémoire.


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