Alexandre le Bienheureux

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Résumé

Lorsque sa femme meurt, Alexandre décide de se consacrer à sa grande passion : la paresse. Il se couche pour plusieurs semaines. Son chien lui rapporte les provisions que lui sert la jolie Agathe, qui finit par le séduire. Mais, au moment de l’épouser, il se ravise, sa liberté et sa paresse risquant d’être compromises.

Yves Robert, France, 1968

FICHE PEDAGOGIQUE

INFORMATION PRATIQUE : tous les minutages sont calculés avec le logiciel VLC.

Pour accompagner la vision de ce film, nous vous proposons une série d’activités à mettre en oeuvre après la vision du film avec vos groupes.

Ces activités se concentrent sur un travail de réflexion autour de nos représentations du travail et de la paresse.

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APRES AVOIR VU LE FILM

PHASE 1 : TRAVAIL AUTOUR DES PERSONNAGES DU FILM.

Pour cette première phase, les participants travailleront en sous-groupes. Chaque sous-groupe travaillera un personnage. Selon la taille des groupes, on peut attribuer deux personnages à un sous-groupe.

Le formateur imprimera les photos des personnages (voir galerie de photos en bas de la fiche).

Les personnages sont :

• La première femme d’Alexandre (la Grande)

• Alexandre

• Le Sanguin

• Agathe (la deuxième femme)

• Le groupe (Jolivet, Adam et les autres)

Activité 1 : Identifier les personnages

Matériel : Un jeu de photos des personnages principaux. (voir galerie photos). A partir des photos des personnages du film, en grand groupe les participants identifient les personnages : qui sont-ils ?

Activité 2 : Qualifier les personnages

Matériel  : une liste d’adjectifs par sous-groupe soit sur une feuille A4, soit découpée en bandelettes (un adjectif par bandelette). Selon le niveau du groupe, le formateur retire ou ajoute des adjectifs de la liste.

Dans cette activité, les participants sont répartis en sous-groupes (un sous-groupe par personnage). Chaque personnage reçoit la photo de son/ses personnage(s)

Les participants vont qualifier les personnages en piochant dans la liste des adjectifs ci-dessous pour les qualifier.

En un premier temps, le formateur lit tous les qualificatifs et si nécessaire travaille leur signification avec le groupe.

Chaque sous-groupe disposera de la liste des adjectifs que le formateur aura imprimée/découpée en bandelettes.

Les adjectifs :

  • Ambitieux
  • Autoritaire
  • Bon vivant
  • Courageux
  • Critique
  • égoïste
  • Énergique
  • Exploiteur
  • Fainéant, feignant
  • Gentil
  • Heureux
  • Honnête
  • Irresponsable
  • « Je m’enfoutiste »
  • Lent
  • Libre
  • Malheureux
  • Malhonnête
  • Méchant
  • Motivé
  • Mou
  • Nerveux
  • Obéissant
  • Paresseux
  • Profiteur
  • Rapide
  • Responsable
  • Rêveur
  • Révolté
  • Soumis
  • Tranquille

Ensuite, mise en commun en grand groupe.

Activité 3 : Identifier ce que disent les personnages

Matériel  : Les phrases reprises ci-dessous séparément sur des bandelettes. Un jeu complet de bandelettes par sous-groupe.

Qui dit quoi et pourquoi … ?

Toujours en sous-groupes, les participants poursuivent leur travail d’identification de leur personnage du film. Cette fois-ci, ils vont rechercher et attribuer des phrases extraites des dialogues du film à leur personnage et expliquer pourquoi ce personnage les a dites et à quel moment il les a dites à leur avis.

Le formateur donne à chaque sous-groupe un jeu complet de bandelettes. Il précisera à chaque sous-groupe le nombre de phrases qu’ils doivent attribuer à leur personnage.

La liste des phrases :

1. Alexandre mon chéri, pour ce matin : rincer les tonneaux, trier les betteraves, traire les vaches, sortir le tracteur, rentrer la faucheuse, ranger le bois, biner les carottes, sarcler les fraises, repiquer les salades et grimper les sacs au grenier. Et puis après, on verra

2. Il en faudrait 4 comme toi pour le remplacer…

3. Réveille-toi ! Ne rêve pas mon chéri ! Pense à ton ouvrage !

4. Je t’emmerde ! Je t’emmerde !... Ca va péter, moi j’te’l’dis ! … On me siffle, et moi, j’y vais, moi !... Fais-ci , et puis, fais pas ça !... Y en a par-dessus les oreilles !...

5. J’m’en roule une. Et je vais me la faire moi-même. Puis, je vais prendre le temps de me la faire. Puis, j’vais m’prendre le temps de me la fumer. Puis, j’vais m’prendre le temps d’en profiter…

6. Je suis en vacances pour la vie !...

7. Faut le faire lever ! Pour l’exemple !

8. 120 ha et il joue aux boules ! La moisson qui arrive, et il se baigne !... 30.000 kg de patates à récolter, et il casse des carreaux ! C’est un malade, c’t’homme-là !

9. J’ai envie d’aller m’balader, de plus penser à rien, d’aller m’coucher… Si j’m’écoutais, j’irais à la pêche… Vous avez déjà regardé une fleur de carotte ?...
10. Des fois, j’m’endors en parlant…

11. (A l’épicerie), je ne fais rien… Enfin, le moins possible

12. Le grand champ là-bas, c’est à toi ?... waouw ! tu es propriétaire, toi !...Et c’est toi qui faisait tout ? Tout seul ?...T’es fort comme quatre, toi !..."

13. Il m’a parlé, j’ai compris. J’arrête, je me couche…

14. Il se repose. J’vois pas pourquoi on l’emmerde, ce type. Il est libre !

15. Moi aussi, je suis crevé ! ... Tu ne vas pas me donner des ordres aussi ?... Je me coucherai quand j’en aurai envie !..."

La première femme (la grande )

Alexandre mon chéri, pour ce matin : rincer les tonneaux, trier les betteraves, traire les vaches, sortir le tracteur, rentrer la faucheuse, ranger le bois, biner les carottes, sarcler les fraises, repiquer les salades et grimper les sacs au grenier. Et puis après, on verra

Il en faudrait 4 comme toi pour le remplacer…

Réveille-toi ! Ne rêve pas mon chéri ! Pense à ton ouvrage !

Alexandre :

Je t’emmerde ! Je t’emmerde !... Ca va péter, moi j’te’l’dis ! … On me siffle, et moi, j’y vais, moi !... Fais-ci , et puis, fais pas ça !... Y en a par-dessus les oreilles !...

J’m’en roule une. Et je vais me la faire moi-même. Puis, je vais prendre le temps de me la faire. Puis, j’vais m’prendre le temps de me la fumer. Puis, j’vais m’prendre le temps d’en profiter…

Je suis en vacances pour la vie !...

Le sanguin

Faut le faire lever ! Pour l’exemple !

120 ha et il joue aux boules ! La moisson qui arrive, et il se baigne !... 30.000 kg de patates à récolter, et il casse des carreaux ! C’est un malade, c’t’homme-là !

J’ai envie d’aller m’balader, de plus penser à rien, d’aller m’coucher… Si j’m’écoutais, j’irais à la pêche… Vous avez déjà regardé une fleur de carotte ?...

Agathe (la deuxième femme)

Des fois, j’m’endors en parlant…

(A l’épicerie), je ne fais rien… Enfin, le moins possible

Le grand champ là-bas, c’est à toi ?... waouw ! tu es propriétaire, toi !...Et c’est toi qui faisait tout ? Tout seul ?...T’es fort comme quatre, toi !..."

Le groupe : Jolivet et Adam

Il m’a parlé, j’ai compris. J’arrête, je me couche…

Il se repose. J’vois pas pourquoi on l’emmerde, ce type. Il est libre !

Moi aussi, je suis crevé ! ... Tu ne vas pas me donner des ordres aussi ?... Je me coucherai quand j’en aurai envie !..."

Ensuite, mise en commun en grand groupe.

PHASE 2 : TRAVAIL AUTOUR DES REPRESENTATIONS

Activité 4 : Définition personnelle des mots « paresse » et travail »

Matériel : Un jeu de motus, deux grandes feuilles (une où le formateur aura noté « travail » et l’autre « paresse ».

A l’aide du « Motus » ou après un court moment de réflexion individuelle, les participants réfléchissent à leur propre définition de « paresse » et "travail".

Ensuite, mise en commun : chacun donne sa propre définition que le formateur note sur les deux grandes feuilles.

  • « Pour moi le travail c’est … »
  • « Pour moi la paresse c’est …. »

Activité 5 : Nos représentations du mot « travail »

Matériel : le formateur imprimera un jeu complet du photo-langage par sous-groupe et un jeu pour lui-même. (voir galerie photos en bas de la fiche)
Travail en sous-groupes.

Chaque sous-groupe examine les photos et sélectionne 7 photos qui pour eux représentent :

  • Le plus le travail
  • Le moins le travail

Ensuite, mise en commun en grand groupe. Chaque sous-groupe explique son choix.

Au fur et à mesure de la présentation des sous-groupes, le formateur élimine les photos sélectionnées de son propre jeu de photos.

Une fois la mise en commun terminée, le formateur dispose sur une table toutes les photos qui n’ont pas été sélectionnées de son jeu.

En grand groupe les participants s’expriment sur les raisons qui ont fait que ces photos n’ont pas été sélectionnées.

PHASE 3 : EVOCATIONS PERSONNELLES SUR LA PARESSE

Activité 6 : évocation personnelle d’un moment de plaisir/Paresse

Les participants racontent un moment de « plaisir à ne rien faire » qu’ils ont vécu et qu’ils ont envie de partager et d’expliquer.

Activité 7 : lecture du conte

Le formateur lit le conte au groupe.

Ensuite, le groupe échange sur le contenu de ce conte, tente d’en dire la morale, ce qu’il en retient.

Après ce travail de réflexion commune, en grand groupe, le formateur reprend les définitions du travail construites à l’activité 4 de la phase 2, et le groupe en construit une nouvelle.

Le conte « le buffle et l’oiseau » Catherine Zarcate et Olivier Charpentier

Il était une fois un buffle qui vivait dans l’eau.

Il avait deux cornes magnifiques, bien rondes, et bien pointues au bout.

Elles brillaient dans le soleil.

Sur la corne de gauche, tout en haut,

était posé un petit oiseau, tout petit et tout jaune.

Le buffle était allongé dans l’eau,

comme une grosse pierre.

Le cou tendu au ras de l’eau, il faisait des bulles.

Bllll, bllll, bllll.

Les bulles couraient, dansaient sur l’eau,

et disparaissaient en faisant des petits ronds.

Il faisait chaud, chaud, très chaud.

Sur sa corne magnifique,

le petit oiseau tout jaune chantait

pour son ami le buffle.

Il chantait son chant d’oiseau,

son monde d’oiseau, sa vie d’oiseau.

Il racontait au buffle ses petites histoires d’oiseau.

Le buffle aimait écouter le chant de son ami.

Oh, comme il aimait l’écouter !

Il souriait avec tendresse

comme font les grands sages.

Oh, comme ils étaient bien !

Ainsi passait la vie.

Un jour, l’homme vient au bord de l’eau et appelle :

Viens, buffle ! Viens, mon ami ! On a du travail !

Le buffle immense sort de l’eau.

L’eau ruisselle tout autour de lui,

le lac fait des vagues.

L’oiseau s’envole et suit son ami

le buffle dans le champ.

Le buffle aime travailler.

Plein d’ardeur, il s’avance !

L’homme lui passe le harnais,

et le travail commence.

Le buffle tire et l’homme travaille !

Le buffle tire et l’homme travaille !

Le buffle tire et l’homme travaille !

Et l’oiseau ?

L’oiseau chante !

Il chante pour le buffle !

Il chante pour l’homme !

Il chante pour le champ !

Il fait des grands ronds dans l’air,

tout autour d’eux.

Sans cesse, il chante ! Il chante ! Il chante !

Quand le travail est fini, et le riz semé,

le buffle retourne dans l’eau

et l’oiseau sur sa corne.

Le buffle fait des bulles,

et l’oiseau chante !

Car est venu le temps d’attendre…

Le riz pousse…

pousse… pousse…

Puis vient le temps de la récolte.

De nouveau, l’homme appelle le buffle :

Viens, mon ami ! Viens ! On a du travail !

Le buffle immense sort

une nouvelle fois de l’eau, ravi !

L’eau glisse tout autour de lui,

le lac fait des vagues.

L’oiseau s’envole et les suit.

De nouveau,

le buffle tire et l’homme travaille !

Le buffle tire et l’homme travaille !

Le buffle tire et l’homme travaille !

Et l’oiseau ?

L’oiseau chante !

Il chante pour le buffle !

Il chante pour l’homme !

Il chante ! Il chante ! Il chante !

Mais comme c’est le temps de la récolte,

il picore aussi,

un grain par-ci,

un grain par-là.

Hé là ! dit l’homme. Hé l’oiseau, stop !

Arrête-toi ! Non mais dis donc !

Alors le buffle s’arrête de tirer.

Il se retourne vers l’homme et dit :

Non, l’homme ! Tu te trompes, il a le droit.

Comment ça, il a le droit ?

Le buffle sourit avec tendresse

comme font les grands sages,

et explique gentiment :

Il a travaillé !

Comment ça, il a travaillé ! s’étonne l’homme.

Il a chanté ! dit le buffle.

Cela nous a aidés, n’est-ce pas ?

S’il n’avait pas chanté,

je n’aurais pas tiré avec autant de légèreté.

Et toi, aurais-tu semé avec autant de joie au cœur ?

L’homme baisse la tête.

Le buffle attend.

L’homme réfléchit…

réfléchit… réfléchit…

Il regarde en lui-même,

écoute son cœur.

Sa tête balance,

ici et là, ici et là.

Finalement, il s’écrie :

C’est vrai ! Je dois l’admettre, c’est vrai !

Et c’est depuis ce jour

que toujours,

l’homme donne une partie de sa récolte

à l’oiseau.

Activité 8 : Pour terminer ce travail de réflexion sur le « travail » en légèreté

On écoute, on regarde sur Youtube la chanson de Henri Salvador
"le travail c’est la santé "

Après l’écoute/vision de la chanson, les participants échangent sur la vision du travail et de la paresse qu’offre cette chanson.

Pour télécharger la chanson sur internet :

http://www.dailymotion.com/video/x4d5dz_henri-salvador-le-travail-c-est-la_music

LE TRAVAIL C’EST LA SANTÉ

REFRAIN :

Le travail, c’est la santé.

Rien faire, c’est la conserver.

Les prisonniers du boulot

Ne font pas de vieux os.

Ces gens qui courent au grand galop,

En auto, métro ou vélo,

Vont-ils voir un film rigolo ?

Mais non, ils vont à leur boulot !

REFRAIN

Ils bossent onze mois pour les vacances

Et sont crevés quand elles commencent

Un mois plus tard, ils sont costauds

Mais faut reprendre le boulot !

REFRAIN

Dire qu’il y a des gens en pagaille

Qui courent sans cesse après le travail.

Moi, le travail me court après.

Il n’est pas près de me rattraper !

REFRAIN

Maintenant, dans le plus petit village,

Les gens travaillent comme des sauvages

Pour se payer tout le confort.

Quand ils en ont, ben, ils sont morts.

REFRAIN

Hommes d’affaires et meneurs de foules

Travaillent à en perdre la boule

Et meurent d’une maladie de coeur.

C’est très rare chez les pétanqueurs !

REFRAIN

PHASE 4 : Pour approfondir les notions de travail et de paresse

Quelques définitions :

Travail

(source : http://fr.wiktionary.org/wiki/travail)

Étymologie

De l’ancien français travail (« tourment, souffrance ») (XIIe siècle), du bas latin (VIe siècle) tripálĭus du latin tripálĭum (« instrument de torture à trois poutres »).

LAROUSSE

Activité de l’homme appliquée à la production, à la création, à l’entretien de quelque chose.

Synthèse historique sur l’avènement du travail comme valeur centrale

(source : http://www.conversationsessentielles.org/fr/nos-publications/publications/211-synthese-historique-sur-lavenement-du-travail-comme-une-valeur-centrale-.html)

Les sociétés occidentales sont fondées sur le travail. Travail est un fondement du lien social, il détermine la place de chacun, il continue d’être le principal moyen de subsistance.

Dans les sociétés modernes :

le travail détermine une activité productive, le travail rémunéré, (ie. l’emploi : un ensemble de tâches définies dans le cadre d’une certaine organisation du travail.) Travailler est une norme.

Le travail comme valeur centrale peut être considéré comme un « accident de l’histoire ».

Dans tous les cas, il est loin d’être une constante dans la tradition occidentale.

Il est illusion de penser que de tout temps la signification actuelle : effort, contrainte, transformation créatrice, utilité…. s’est imposée.

Le travail occupait une place secondaire dans les sociétés anciennes.

Le concept de travail : conglomérat de couches issues des différentes dimensions dont il était affublé au fil des époques qui se sont succédées.

Cet héritage de significations explique la polysémie du terme et la difficulté à en donner une définition simple.

LES SOCIETES NON FONDEES SUR LE TRAVAIL

Les sociétés précapitalistes

Les sociétés primitives sont des exemples de sociétés non structurées par le travail.
Le travail n’est pas au centre des représentations que la société se fait d’elle-même.
Il n’y a pas de logique d’accumulation, d’échange au-delà de la nécessité et de la satisfaction de ses besoins propres.
Les faits sociaux qui structurent ces sociétés ne sont pas économiques. Ils font intervenir les liens de sang, les symboles, relations avec la nature, …

Influence de la conception grecque

En Grèce : il y a des métiers, des activités, des tâches. LE travail n’est pas une fonction unique.

Distinction : tâches pénibles (penos) et tâches nobles (ergon : œuvre).

Ce n’est pas du travail que naît le lien social mais du politique.

La bonne vie pour les grecs, c’est à l’instar des dieux disposer de la scholé : loisir de se consacrer aux arts, à la philosophie et à la pratique de la délibération dans l’espace public.

Cf. Platon et Aristote : se libérer de la nécessité pour se consacrer aux activités libres. Le travail use le corps, asservit celui qui doit vendre des produits …

« L’homme laborieux accomplit son labeur en vue de quelque chose qu’il ne possède pas mais le bonheur est une fin qui ne s’accompagne pas de peine mais de plaisir. » Aristote, La Politique, livre VIII, chap III.

De l’Empire romain jusqu’au Moyen Age

Le mépris du travail est également fort chez les romains et toute société d’ordres et de castes.

Le travail n’est pas encore considéré comme un moyen de renverser les barrières sociales et d’inverser les positions acquises par la naissance.

Né de la faute originelle, le travail est une nécessité « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. » mais aussi un moyen de racheter sa faute et d’échapper à l’oisiveté, mère de tous les vices.

L’idée de considérer le travail comme une punition divine tout comme l’interprétation de la Création de la Genèse : comme une œuvre et un travail divin (sous tend l’idée qu’un Dieu travaille pendant 6 jours et se repose le 7e jour ) est une interprétation qui se forge au fil des siècles et culmine au XIXe siècle.

St Augustin développe une certaine dignité du travail qui permet une vie décente. Cf. Bénédictins, ordre fondé sur la prière et le travail.

St Thomas d’Aquin produit la philosophie officielle de l’Eglise : 4 finalités du travail :

  • Assurer la subsistance
  • Supprimer l’oisiveté
  • Réfréner les mauvais désirs
  • Faire l’aumone

Pour l’Eglise : le travail est une nécessité. Il acquiert une dimension morale mais n’est pas valorisé : mépris du gain expliqué par le désintérêt issu de l’influence de la religion : car l’essentiel est dans l’au-delà et non ici bas.

Le mouvement de la réforme est un moment important de valorisation du travail et de changement des mentalités. La réforme réprouve les ordres purement contemplatifs. Elle nourrit le passage de la valeur morale du travail à l’éthique du labeur.

L’enrichissement est légitime s’il n’a pas pour objet la jouissance personnelle des biens matériels. Travail et ascétisme concourent à l’accroissement des richesses matérielles et célèbrent la puissance divine sur terre. LE travail permet l’enrichissement et l’émancipation individuels en augmentant les richesses collectives.

Cf. Weber dans l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme : Le travail constitue le but même de la vie. Gaspiller son temps est le plus grave de tous les péchés.

GENESE DES SOCIETES FONDEES SUR LE TRAVAIL

XVIIIe : Adam Smith : Le travail, facteur de production

L’invention du travail comme activités source de revenus puis activité productive s’opère entre le 18e et 19e siècle.

Cf. Adam Smith réalise un changement de perspective en révélant la puissance productive de la division du travail. « le travail est la mesure relative échangeable de toutes marchandises. » La valeur des choses est dans le travail nécessaire à la production des choses. Le travail devient la clé de l’autonomie de l’individu.

Energie propre à chacun qui permet d’améliorer l’état naturel. Cf. Locke.
Le 18e voit l’invention du concept de travail comme ce qui produit de la richesse mais l’activité en elle-même n’est pas valorisée.

XIXe : Le travail essence de l’homme ou source de son aliénation ?

Au 19e siècle avec les penseurs allemands, le mythe du travail épanouissant naît : le travail devient une liberté créatrice permettant de transformer le monde.

• Hegel : le travail permet à l’homme d’échapper à son état de nature et de réaliser son humanité. Hegel privilégie tout de même le travail de l’esprit. Travailler pour Hegel c’est aussi faire des œuvres d’art, inventer des institutions politiques, …cela concerne toutes les sphères de la vie.

• Marx réduit cette définition à l’activité de production : le travail appartient à l’essence de l’homme. C’est le moyen d’affirmer son existence (ce qui le différencie de l’animal). L’homme devient ce qu’il est par le travail. Il lui permet de se révéler à soi même (construction personnelle), de révéler sa sociabilité (construction du lien sociale), transformer le monde.

Cependant instrumentalisation du travail est source d’aliénation : l’ouvrier vend sa force de travail à un autre qui l’exploite. L’ouvrier devient étranger au produit de son travail. Le travail cesse d’être une activité libératrice. La division du travail capitaliste s’ancre dans des rapports antagonistes, repose sur l’exploitation économique et la domination sociale. Le rapport salarial est un rapport de force de l’entreprise. Le lieu où naissent les conflits pour le partage de la plus-value.

XXe : le travail, une activité distinctive et fondamentale de l’homme

Le concept de travail est une accumulation de 3 dimensions du travail :

  • le travail comme facteur de production,
  • le travail comme essence de l’homme
  • et comme système de distribution des revenus des droits et des protections.

Avoir un emploi aujourd’hui // fonctions assurées sous l’ancien régime, avoir un état càd occuper une fonction sociale reconnue et cadastrée. Cf : pour désigner les personnes sans emploi : sont sans état. On parle « d’inactifs ».
Le travail souvent considéré comme le « grand intégrateur » : pivot autour duquel s’ordonne la construction de soi. Le travail demeure le principal vecteur de l’intégration sociale (cf. DURKHEIM) et l’un des principaux canaux de libérations de tutelles traditionnelles, familiales, sociales. Sa perte conduit à des blocages identitaires qui nuisent à l’investissement dans d’autres formes d’activités.

Le travail apporte la reconnaissance sociale, le revenu permettant à chacun de s’inscrire dans les normes de la consommation et par là même de s’insérer dans la vie sociale, la structuration des temps, la construction d’un moi social…

Selon Schnapper (Contre la fin du travail, gallimard, « textuel », 1997) : le citoyen moderne acquiert sa dignité en travaillant.

CCL : Naissance de la valeur travail

Au fil du temps : le travail d’un individu n’est plus le travail particulier d’un producteur mais une partie du travail collectif. Il s’abstrait de la singularité pour participer au travail social en général.

L’approfondissement des échanges marchands, le développement du salariat, la division du travail et du machinisme contribuent au basculement du travail concret en travail abstrait.

Avec Marx : la valeur travail acquiert le plus haut degré d’abstraction : la valeur se rapporte à la « dépense de la force de travail. » une part de la valeur crééé par l’ouvrier lui échappe : la plus value à l’origine de l’accumulation capitaliste.

QUELLE PERCEPTION DU TRAVAIL AUJOURD’HUI ?

CONSTAT :

• Fragilisation du statut du salariat : est un facteur de fragilisation du lien social et d’exclusion. Fragilisés dans leurs emplois, les salariés ont du mal à se projeter dans l’avenir et à s’investir dans le politique, les syndicats. L’intensification du travail a des csq néfastes sur les individus : souffrance et violence dans les relations au travail.

• Travail en miettes (division du travail poussée à l’extrême), travail contraint : Homme réduit à une machine.
Conséquences néfastes également lorsque l’emploi est ressenti comme une contrainte, il est instrumentalisé come moyen pour gagner sa vie.
La fatigue mentale et physique rejaillit sur le temps de loisir, la participation à la vie familiale, la capacité à étendre ses réseaux de connaissance…

• Involution du temps de travail, depuis 2002 par rapport au mouvement d’abaissement de la durée du travail : on revient sur la loi des 35h, intention de légiférer une négociation entreprise par entreprise, recul de l’âge de la retraite…

REFLEXIONS :

Fin du travail ?

Au milieu des années 90 : vif débat avec l’idée que l’âge d’or du travail était derrière nous, la société s’acheminait vers la fin du salariat et de la centralité de la valeur du travail. Ce débat est dépassé aujourd’hui. Mais à noter :

• la thèse de Rifkin sur la fin du travail
• les théories libérales sur la fin de la société salariale

Différentes théories libérales : William Bridges, La conquête du travail, 1995,
Robert Castel : Les métamorphoses de la question sociale, fayard, 1995

Le rapport Boissonnat et ses influences dans les initiatives de réformes du gouvernement depuis une décennie.

Dans son rapport, le travail dans 20 ans, Boissonnat défend : nécessité d’introduire plus de flexibilité, de promouvoir le statut de travailleur indépendant, de remplacer le contrat salarial par le contrat commercial. Il admet le bien fondé des garanties sociales.

Selon lui, le contrat d’activité (remplacerait le contrat de travail) répond à l’exigence de l’entreprise d’avoir plus de souplesse et à l’exigence des individus d’avoir plus d’autonomie, plus de continuité dans leur parcours.

Ce contrat d’activité a été le point de départ de plusieurs propositions gouvernementales avortées à ce jour : le CNE en 2005 pour les entreprises de 1 à 20 salariés, celle du Contrat Première Embauche en 2006, le contrat de travail unique ou universel avancé par Sarkozy : toutes sont issues de tentatives gouvernementales.

Travailler est ce dans la nature humaine ?

Aujourd’hui débat revient sur l’idée qu’il faut relativiser la place du travail, affirmer que le travail n’est pas notre seul destin, sont les signes d’appel récurrents à réhabiliter la valeur du travail.

Nécessité de rééquilibrer les différentes de la vie sociale, de repenser les temps et les rôles sociaux dans la famille même si le travail et l’emploi demeure la norme reconnue, le moyen le plus sûr de s’assurer une place, d’échapper au sentiment d’être inutile au monde.

Cf. ARENDT, dans la condition de l’homme moderne : « 3 dimensions de la vie active de l’homme : le travail, l’œuvre et l’action. » Le fait pour le travail de tendre à occuper tout le champ de la vie active est facteur de mutilation et de rabougrissement de l’homme. Réduit les activités sociales comme l’action publique à un travail. Place doit être faite à la parole et à l’action sans qui une vie n’est plus celle humaine.

GORZ : Aliénation du travail dans une société centrée sur l’accumulation marchande. Précarité de plus en plus grande du travailleur. Distinction du travail hétéronome (activités réalisées sous la contrainte d’une organisation pré-établie) et travail autonome (libre exercice par chacun de ses activités) ; L’homme ne se réalise que dans le travail autonome.

MEDA : « le travail n’est pas un fait de la nature »
Les temps sociaux pourraient se partager entre différents types d’activités d’égale dignité : celles liées à la culture et à la formation personnelle, les activités relationnelles (familiales, amicales…), les engagements collectifs (politiques et associatifs), les activités de production (le travail au sens strict). L’individu se réaliserait dans la diversité de ces activités. Le chômage pourrait être une opportunité à saisir pour réenchanter d’autres activités et relativiser la valeur-travail et la place centrale qu’elle occupe dans nos sociétés.

Alain SUPIOT : un vrai statut de travail est la participation au monde mais aussi une disponibilité au monde.

QUELQUES DEFINIIONS ET REFLEXIONS A PROPOS DE LA PARESSE

Définition

(Source : Wikipedia)

La paresse (du latin pigritia) est une propension à ne rien faire, une répugnance au travail ou à l’effort. Considérée comme un péché dans la religion catholique, elle est élevée au rang de valeur par certains courants contestataires.

Larousse :

Comportement de quelqu’un qui répugne à l’effort, au travail, à l’activité ; goût pour l’oisiveté : Climat qui incite à la paresse. Manque d’énergie dans une action ...

La paresse comme subversion politique

Face au point de vue qui consiste à considérer le travail comme une valeur, le culte de la paresse et de l’oisiveté apparaît comme une attitude réellement subversive : si chacun arrêtait d’occuper son emploi, ou du moins d’en faire le centre de son activité, les conséquences sociales, économiques et culturelles seraient considérables.

Ce point de vue consistant à faire l’éloge de la paresse trouve un écho chez de multiples auteurs, parmi lesquels Paul Lafargue dans Le Droit à la paresse, Bertrand Russell ou, de nos jours, quelqu’un comme Gébé. Il a été revendiqué, notamment, par les acteurs des courants contestataires occidentaux nés dans les années 1940 et 1950 (tel Bob Black), à commencer par les hippies ou les soixante-huitards.

Et aussi :

" le droit à la paresse et la religion du capita"l par Paul lafargue
https://www.youtube.com/watch?v=scHJKl5Ojr4

Un aperçu de deux courts écrits de Paul Lafargue, écrivain proche de Marx (sans pour autant partager la plupart de ses opignions) engagé contre le "droit au travail" qu’il qualifié d’obligation au travail". Une bonne entrée en matière sur l’histoire sociales de l’époque. Et qui montre en filigrane que l’histoire se répète. N’apporterait-elle en fait aucune leçon ?

Pour télécharger « le droit à la paresse" :

http://classiques.uqac.ca/classiques/lafargue_paul/droit_paresse/droit_paresse.html

et encore ...

« Le droit à la paresse », à relire d’urgence

par Henri JORDA Maître de conférences à l’université de Reims Champagne-Ardenne 28 novembre 2011

(source : http://www.liberation.fr/societe/2011/11/28/le-droit-a-la-paresse-a-relire-d-urgence_777701)

Dans la nuit du 25 au 26 novembre 1911, Paul et Laura Lafargue mettaient fin à leurs jours, considérant qu’il était temps d’en finir avant d’être une charge pour les autres. Le premier s’était rendu célèbre pour son Droit à la paresse, la seconde était la fille et la traductrice de Karl Marx. A leur manière, ils n’ont pas voulu voler le bien le plus précieux de tout être capable de sentir et de penser, le temps.

Le combat de Paul Lafargue pour la réduction du temps de travail vient de ce jugement qu’il fera dernier : chacun a le droit d’employer librement le temps plutôt que d’en être l’esclave. En faisant croire aux ouvriers, à l’aide de l’Eglise, que la vie est travail, les capitalistes passent leur temps à voler celui des travailleurs.

Ces derniers ne devraient pas réclamer le droit au travail - c’est une erreur masochiste selon Paul Lafargue -, mais le droit à la paresse. Car c’est la possibilité d’employer son temps à ne pas travailler qui est la plus injustement distribuée : les propriétaires peuvent s’y adonner de bien des manières quand les ouvriers triment en servant des machines. C’est l’« amour du travail » qui a causé les plus grandes misères à ceux qui n’ont rien. Ils sont devenus entièrement dépendants du travail qui corrompt l’intelligence et les organismes, qui tue « toutes les plus belles facultés », écrit Paul Lafargue en 1880.

Selon lui, la finalité du socialisme sera de répartir le travail et la paresse sans distinction sociale. A chacun d’employer son temps selon ses besoins.

En un siècle, les congés payés, les huit heures par jour, les quarante, puis les trente-neuf et les trente-cinq heures par semaine, la retraite à 60 ans ont divisé le temps de travail par deux.

A rebours de cette histoire, une rupture est en train de se produire : le temps que nous consacrons au travail s’allonge sous l’effet des réformes et s’intensifie avec les réorganisations. Alors que le progrès social visait précisément à réduire la durée du travail et à favoriser l’autonomie des travailleurs, ces derniers doivent désormais travailler plus longtemps la tête dans le guidon. Adieu paresse.

Au temps où les marchés triomphent de la démocratie, les Grecs ont été traités de paresseux, accusés d’avoir fait bombance pendant que d’autres travaillaient. Tragédie de l’histoire pour ce pays où sont nées la philosophie et la démocratie, où être libre, au temps de Platon, c’était ne pas travailler, c’était se consacrer aux affaires de la Cité, à l’art et à la pensée.

Cette sagesse antique a inspiré Paul Lafargue, pour qui les machines remettront le monde à l’endroit quand elles seront au service des travailleurs : une journée de trois heures de travail suffira pour satisfaire leurs besoins matériels. Une fois désintoxiqués du travail, ils pourront employer leur temps à se régénérer, physiquement et intellectuellement. Alors, dans ce régime paresseux, « pour tuer le temps qui nous tue seconde par seconde, il y aura des spectacles et des représentations théâtrales toujours et toujours ».

Accepter aujourd’hui l’idée que nous devrons travailler davantage demain, c’est accepter d’être des esclaves plus compétents et plus endurants. La « religion du travail », comme dit Paul Lafargue, connaît peu de résistance à son emprise ; ses croyants sont de plus en plus nombreux dans un monde où règne l’agitation névrotique des marchés. La philosophie et la démocratie sont balayées par le temps de l’économie. Le temps est de l’argent, et les gains se calculent désormais à la nanoseconde, voire à la picoseconde.

La messe semble dite, la paresse est un temps inutile, un temps qui ne vaut rien. Il est bon de relire le Droit à la paresse. Il nous rappelle que la liberté d’employer le temps est une liberté fondamentale. Arrêter le temps, comme le firent Paul et Laura Lafargue, en est l’expression ultime.

voir aussi le Diaporama sur Lafargue

https://www.youtube.com/watch?v=_05zRaOxVz4

Prologue à la lecture de "le droit à la paresse" de Roger Goude par le pied en coulisses à l’occasion du centième anniversaire de la disparition de Paul et Laura Lafargue

et enfin écouter l’Hommage à Paul Lafargue par Georges Moustaki.

https://www.youtube.com/watch?v=oRzBv0ohce8

Ci-dessous, les paroles de la chanson.

Je voudrais rendre grâce a celui qui peut-être
A été mon premier et mon unique maître
Un philosophe mort voici quelques décades
Mort de son propre choix ni trop vieux ni malade

Il n’était pas de ceux qui entrent dans l’histoire
Nous sommes peu nombreux à servir sa mémoire
Il ne se posait pas en saint ou en prophète
Mais cherchait avant nous le bonheur et la fête

Il rêvait d’une vie que l’on prend par la taille
Sans avoir à la gagner comme une bataille
Nous disait que la Terre était pleine de fruits
Et de pain et d’amour et que c’était gratuit

Il parlait de ne plus jamais plier l’échine
Ni de se prosterner devant une machine
Il souhaitait pour les générations futures
De ne souffrir jamais d’aucune courbature

Sans vouloir enseigner sa parole était claire
En cela peut-être elle est révolutionnaire
Je voudrais rendre grâce à ce maître en sagesse
Qui ne nous arrivait ni d’Orient ni de Grèce

Je voudrais rendre grâce à ce maître en sagesse
Qui ne demandait que le droit à la paresse

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