The magdalene sisters

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RESUME DU FILM

Dublin, années 60.
Trois jeunes femmes arrivent en même temps au couvent des Sœurs Magdeleine.
Margaret a été violée par un cousin.
Rose a déshonoré ses parents en ayant eu, hors des liens du mariage, un enfant qu’on lui a arraché.
Bernadette est tout simplement jolie et a le tort de le savoir : elle aguiche les garçons depuis la cour de récréation du collège, sans avoir encore eu l’occasion d’aller bien loin.
Toutes trois sont honnies pour n’avoir pu se préserver de la souillure sexuelle (ou seulement de sa tentation), et elles vont le payer au prix fort.
Enfermées dans un des Magdalene Asylums, elles sont soumises à l’autorité de nonnes revêches qui oeuvrent à leur manière pour le salut des âmes flétries.
Traitées en coupables et captives, elles s’épuisent à longueur de journée dans le lavoir qui constitue la raison sociale de l’institution.
Toute tentative de rébellion ou d’évasion est sévèrement sanctionnée, et les humiliations succèdent aux châtiments corporels…

Peter MULLAN, Grande-Bretagne/Irlande - 2002 , 119 ‘

INFORMATION PRATIQUE : tous les minutages sont calculés avec le logiciel VLC.

PROPOSITIONS DE TRAVAIL

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Nous avons imaginé deux angles d’attaque pour ce film :

  • La place de l’enfant
  • Les questions de pouvoir

Libre à chacun de sélectionner celle qui lui convient.

Les séquences pédagogiques reprises dans ce dossier proposent des activités à travailler avec les groupes alpha avant et après la vision du film.

Fiche pédagogique

ANGLE D’ATTAQUE : LA PLACE DE L’ENFANT

Objectifs de la démarche :

Au travers notamment de l’analyse des différentes façons d’agir comme parents, le travail va en un premier temps nous amener à identifier la place de l’enfant dans notre société.

Ensuite, en groupe nous procéderons à une première analyse réflexive.

Avant d’aller voir le film

Activité 1 : Scénettes par sous-groupes de 2 ou 3 participants

Les participants jouent des petites scénettes sur base du scénario suivant :

" j’ai une fille de 13 ans qui joue avec ses copains dans la rue, en été … Moi (mère et /ou père) je rentre du boulot et en m’arrêtant chez l’épicier je vois que ma fille joue avec 4 garçons, et qu’elle est la seule fille"

  • Mimer la réaction d’une mère et/ou d’un père aujourd’hui, ici à Bruxelles
  • Mimer la réaction d’une mère et/ou d’un père, aujourd’hui, dans votre pays d’origine
  • Mimer la réaction d’une mère et/ou d’un père quand vous-mêmes vous étiez enfants

A partir des différentes scénettes, on dresse une typologie des différentes réactions, façons de faire, façons d’agir comme parents et on les classe en différentes catégories, comme par exemple :

  • Répression/punition/imposition
  • Permissivité
  • Compréhension/dialogue/réflexion
  • Indifférence
  • etc ...

A partir de ce classement, on met en évidence les points communs dans les différents moments décrits dans les scénettes (ici, là bas, maintenant, avant …)

Quelles sont les valeurs sous-jacentes ?

Activité 2 :

On regarde l’extrait qui présente les raisons pour lesquelles chacune des tris jeunes filles est placée dans l’institution :

o Margaret

Minutage : 01.59 → 08.09

o Bernadette

Minutage : 08.09 → 11.21

o Rose

Minutage : 11.22 → 14.25

Après la vision de chaque séquence, le groupe émet des hypothèses sur ce qu’il vient de voir :

  • Qu’est-ce qui se passe dans cette scène ?
  • Selon vous, qu’est-ce qui va se passer après ?

Activité 3 :

Sur base de l’introduction reprise ci dessus, le formateur contextualiste le film pour le groupe.

On va voir le film

Après la vision du film

Activité 4 : Retours sur le film

En groupe, on vérifie les différentes hypothèses émises dans les activités précédent la vision du film.

Toujours en grand groupe, on parle de ce qui nous a touché dans le film.

Chacun site un passage qui l’a particulièrement touché.

Le groupe se prononce sur l’éventualité que de telles situations se passent dans la vie réelle ; voire si l’un ou l’autre participant aurait connaissance de situations similaires (notamment sur le plan du traitement de la punition).

Le groupe essaie de trouver à quel type d’institution belge correspondrait ou pas l’internat dans lequel les filles sont placées dans le film.

Activité 5 : Analyse des « rôles » de chacun dans le film

En groupe ou en sous-groupes, on analyse qui fait quoi dans le
film :

  • les enfants
  • les pères
  • les mères

Les participants se prononcent sur les décisions prises par les parents dans le film :

  • est-ce que les décisions sont justes (c’est-à-dire en relation avec leur cause) ?
  • pourquoi ces décisions sont-elles prises ?
  • quelles autres décisions auraient pu être prises ?

Activité 6 : travail sur la place de l’enfant dans notre société

Travail en 3 sous-groupes.

Chaque sous-groupe va travailler sur le personnage d’une des trois filles du film et devra imaginer ce qui arriverait à « son héroïne » aujourd’hui, à Bruxelles, si elle se trouvait dans la même situation (fille violée, fille parlant à des garçons, fille-mère).

Mise en commun en grand groupe et croisement avec la typologie du début.

A partir de ce travail, le groupe détermine la place que l’enfant occupe dans notre société aujourd’hui.

Activité 7 : Observation et analyse

Au regard des situations décrites dans le film et à partir des réflexions menées au sein du groupe, le groupe fait le point sur ce qui a changé depuis le début du travail par rapport à notre représentation de la place de l’enfant ici et maintenant.
et dans quel sens s’est opéré ce changement.

Pour terminer l’activité, le groupe peut construire une synthèse de l’évolution des familles en fonction de ce qui sortira de la discussion.

On pourra aussi se demander en quoi et comment la notion de famille a changé.

Pour approfondir, faire une recherche sur :

  • les familles
  • la place des enfants dans les sociétés traditionnelles
  • la place des enfants dans les sociétés modernes

INFORMATIONS SUR LE CONTEXTE HISTORIQUE DU FILM

Qui est Marie-Madeleine aux yeux de l’Eglise ?

Hypothèses les plus courantes :

  • prostituée repentie, devient une disciple de Jésus ;
  • serait la femme de Jésus, aurait eu des enfants avec lui …

A propos des couvents des Sœurs Marie Madeleine :

Les Couvents de la Madeleine étaient des foyers pour "femmes
perdues " en Grande-Bretagne et en Irlande, gérés par différents ordres de l’Église catholique romaine.

Les estimations font état d’environ 30 000 femmes y ayant séjourné, le plus souvent contre leur volonté. Le dernier couvent de la Madeleine en Irlande fut fermé le 25 septembre 1996.

Les couvents de la Madeleine sont issus du « Rescue Movement » qui prit naissance en Grande-Bretagne et en Irlande au cours du XIXe siècle, qui avait pour but formel la réhabilitation de femmes dites
« perdues ».

Ce terme désignait celles qui avaient eu des relations sexuelles hors mariage, quelle qu’en fut la cause : prostitution, abus sexuels, ou encore sexualité jugée trop précoce.

En Irlande, ces institutions prirent le nom de Marie-Madeleine, personnage de la Bible qui, selon la tradition catholique (et non la Bible) était présentée comme une prostituée, s’étant repentie de ses péchés et devenant l’une des personnes les plus fidèles à Jésus.

En Irlande, l’Église s’appropria rapidement le mouvement de Madeleine et les foyers, qui étaient prévus à l’origine pour de courts séjours, devinrent de plus en plus des institutions à long terme.

Les pénitentes furent mises au travail, généralement dans des laveries.

De même que Marie-Madeleine avait lavé les pieds du Christ en signe de pénitence, les pensionnaires devaient accomplir des travaux de blanchisserie, afin de laver symboliquement leurs péchés. Cette activité représentait en outre des rentrées d’argent nécessaires à la bonne marche et à l’entretien des couvents.

Au fur et à mesure que le mouvement prenait ses distances avec les idées qui furent à son origine, à savoir sortir des prostituées de la rue et les héberger car leur passé les empêchait de trouver un emploi, les foyers prirent un aspect de plus en plus carcéral.

Les sœurs chargées de la surveillance des pensionnaires avaient pour instruction de les dissuader par n’importe quel moyen de tenter de quitter l’institution pour, au contraire, les encourager à entrer dans les ordres.

À cause de leur passé de prostituées, les pensionnaires étaient considérées comme ayant besoin de faire pénitence.

À mesure que le phénomène se répandit, il sortit du champ de la prostitution pour toucher également les mères célibataires, les jeunes filles dont le développement était retardé et les filles victimes d’abus.

Certaines se sont retrouvées internées pour le simple fait qu’elles étaient considérées comme trop proches des garçons. Ceci se produisit à la même période où, en Grande-Bretagne et en Irlande, de nombreuses personnes considérées comme « handicapés sociaux » furent également internés dans des asiles et des foyers.

Les pensionnaires étaient souvent internées à la requête de membres de leur famille ou de prêtres. Celles qui n’avaient personne à l’extérieur susceptibles de venir les chercher y passèrent le reste de leur vie.

Parmi elles, beaucoup ont fini par prononcer leurs vœux.

Dans une Irlande à la morale sexuelle conservatrice, les couvents de la Madeleine étaient une institution largement acceptée socialement jusqu’au cœur de la seconde moitié du XXe siècle siècle.

En témoignent des expressions courantes, telles que le proverbe « bad girls do good sheets » (« les mauvaises filles font les bons draps »), ou le fait que l’on menaçait les enfants turbulents de les envoyer au couvent.

Ils disparurent avec le changement de mœurs sexuelles, mais aussi avec l’apparition de la machine à laver qui concurrençait leur activité de blanchisserie.
Pour Frances Finnegan, « il est probable que l’avènement de la machine à laver y fut pour autant dans la fermeture des laveries que le changement de mentalité ».

On parla très peu de l’existence des foyers jusqu’à ce que, en 1993, un ordre de sœurs à Dublin vendit une partie de son couvent à un promoteur immobilier.

Les restes de 155 pensionnaires, qui avaient été inhumées dans des tombes anonymes dans la propriété, furent exhumés et, à l’exception d’un corps, incinérés puis réinhumés dans une fosse commune.

Ceci provoqua un scandale public à l’échelle régionale et nationale. Mary Norris, Josephine McCarthy et Mary-Jo McDonagh, toutes pensionnaires au foyer, témoignèrent sur leur sort.

Le documentaire Sex in a Cold Climate, diffusé sur Channel 4 en 1998, interrogea d’anciennes pensionnaires des couvents de la Madeleine qui confirmèrent les incessants abus sexuels, psychologiques et physiques alors qu’elles étaient isolées du monde extérieur pour une durée indéterminée.

http://www.youtube.com/watch?v=FtxO...

En Irlande, la révélation de l’histoire méconnue des « Magdalene » s’inscrit dans un contexte douloureux : longtemps toutes-puissantes, les institutions catholiques affrontent depuis quelques années la dénonciation d’une série de scandales - maltraitances, pédophilie, soustraction de nourrissons à leurs mères... - qui font vaciller leur autorité et mettent à mal leurs finances.

Malgré la constitution d’une commission gouvernementale, toutes les demandes d’indemnisation des victimes sont restées lettre morte.

Réactions du Vatican et de l’Eglise à la sortie du film :

Malgré la constitution d’une commission gouvernementale, toutes les demandes d’indemnisation des victimes sont restées lettre morte.

L’Eglise outragée, le Vatican furieux. Telle est la réaction de l’autorité catholique à la vue du film de l’Irlandais Peter Mullan.

Dès lors, le pari de soulever un "sujet" épineux est gagné.

Quoi de plus révoltant et d’incroyable de découvrir qu’en 1964, en Irlande, des femmes avaient été enfermées et internées illégalement dans un couvent.

La raison ?

Eviter à la société bien pensante toute personne différente.

Différente en ce sens qu’elle a, entre autres, une déficience mentale, un style de vie marginal ou encore qu’elle a été rejetée par sa famille.

Alors que le Vatican s’est indigné de l’attribution d’un lion d’or à The Magdalene Sisters lors de la dernière Mostra de Venise, l’épiscopat irlandais s’est abstenu de tout commentaire.

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